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Lundi 5 mai 2008
Photo officielle de Vladimir PoutineLe regard froid et vide, comme une bille de verre, Vladimir Poutine est un habitué des costumes austères et des imperméables noirs. Impassible, les traits de son visage restent comme immobiles lorsqu’il parle. A 55 ans, Poutine est resté à la tête du plus grand État du monde pendant huit années consécutives.

Comment les Russes perçoivent Poutine ?

Discipline, contrôle, autoritarisme et opacité. C’est la règle. Pour lui-même et pour sa politique. Selon certains, l’ex-président manquerait d’humour. Les Russes, eux, ont une longue génération de blagues pour définir leurs leaders. Le magazine américain Time reprend d’ailleurs une blague politique russe dans son portrait consacré au Président. « Une nuit, le fantôme de Staline apparaît en rêve à Poutine. Ce dernier lui demande son aide pour gouverner le pays. Staline lui répond alors : rassemble tous les démocrates et tire leur dessus. Ensuite peins l’intérieur du Kremlin en bleu. Pourquoi en bleu ? demande Poutine. Ah ! J’étais sûr que tu ne me poserais pas de questions sur le premier de deux points, répond Staline… »

« Personnalité de l'année 2007 »

Pour Time, qui a désigné Vladimir Poutine comme « personnalité de l'année 2007 », le président russe a ramené son pays sur le devant de la scène, un temps éclipsé par l'essor de la Chine, la guerre en Irak ou le débat sur le réchauffement climatique. Pour rappel, le même magazine choisissait Hitler comme « homme de l'année » en 1938, Staline en 1939 et Churchill en 1940. Gages de bon jugement sur l’histoire qui est en train de se faire...

En 1999, lorsque Poutine n’est encore que premier ministre de Boris Eltsine, la Russie est profondément déstabilisée par les réformes chaotiques du président. Corruption et népotisme règnent. Lorsqu’il prend les rênes du Kremlin en 2000, Poutine se fixe comme mission de faire renaître un sentiment que les russes avaient perdu depuis des années : la fierté nationale. Un statut de « grande puissance » pour la Russie. L’ambition du deuxième président de la période post-soviétique.

L’homme capable de reprendre le pays en main

Les années 1990 sont marquées par une succession de crises. L’ère eltsinienne a généré son flot de privatisations opaques, donnant naissance aux grandes sociétés russes telles que Ioukos pour le pétrole et Gazprom pour le gaz. La rente issue du commerce des matières premières dont la Russie regorge ne bénéficie alors plus à l’État. Quant à l’exploitation de ses matières premières, la Russie dépend largement des grandes entreprises occidentales. Le pays est également affaibli sur la scène internationale. Fin des années 1990, le deuxième grand conflit armé éclate en Tchéchénie. Dans ce contexte, Poutine apparaît alors comme l’homme capable de reprendre le pays en main. Il s’agit pour le Kremlin de retrouver le contrôle des matières premières et des administrations régionales, de reconstruire l’industrie russe et de se doter d’une majorité politique stable, qui lui permette de mettre en œuvre ses réformes. Les administrateurs régionaux potentiellement « stratégiques » sont amadoués, les opposants politiques ou économiques sont poussés à la démission ou jugés. Corruption latente des services de sécurité, concentration du pouvoir exécutif et judiciaire et laxisme envers les groupes extrémistes. Le décor est planté pour l’une des facettes connues de la Russie de Poutine.

Poutine à la tête du plus grand État du monde

L’énergie est au cœur de la stratégie internationale de la Russie et de son partenariat avec l’Europe. La Russie compte quelques 144 millions d’habitants, pour un territoire d’une superficie grande comme les États-Unis et le Canada réunis. Le plus grand État du monde. Les ressources hydrauliques et minières sont considérables. Par exemple, plus de 10 % des réserves mondiales de pétrole et plus de 40 % des réserves de gaz. Une véritable toile d’araignée d’oléoducs et de gazoducs traverse le pays. Une « géopolitique des tubes ». Poutine gère cette richesse avec pragmatisme. Les marchandages avec la Pologne, l’Ukraine et la Biélorussie sont l’origine d’interruptions de livraisons de gaz depuis la Russie vers l’Europe. Une dépendance certaine vis-à-vis de la Russie. Dans le Caucase, région souvent considérée comme marquant la séparation entre l'Europe et l'Asie, c’est le pétrole qui donne lieu à un bras de fer avec les Etats-Unis, autour du tracé des oléoducs.

Poutine et une certaine relance de l’économie russe

Le dernier mandat de Poutine aura bénéficié de la flambée des prix de l’énergie, profitant au pétrole et au gaz. Après la dépression des années 1990, la croissance est revenue en Russie. Le produit intérieur brut a augmenté de 70 % entre 2000 et 2007, les revenus réels ont doublé et la proportion de personnes vivant dans la pauvreté a presque été réduite de moitié. La Russie est aujourd'hui le pays qui compte le plus de milliardaires après les États-Unis et l'Allemagne, et sa jeune classe moyenne représente environ 20 % de la population. Une classe moyenne qui entre dans une logique de consommation de la démonstration. Une « bourgeoisie du business » s’est installée, au détriment des professions intellectuelles commente une sociologue de l’Académie des sciences de Russie. Si la pauvreté a reculé, elle reste persistante dans certaines régions et les inégalités se creusent depuis la disparition de certains avantages sociaux acquis pendant la période soviétique.

Un dirigeant atypique

Vladimir Poutine est à certains égards un dirigeant russe atypique. Relativement jeune, il pratique la lutte russe, le judo et le sambo (sport de combat créé en URSS dans les années 1930, mélangeant principalement lutte et judo). Sa descente à ski dans une station proche de Sochi a fait son effet promotionnel au niveau international, pour la tenue des jeux olympiques d’hiver en 2014. Une certaine idée de l’ouverture du pays vers la scène internationale. Et que penser de l’offre de Poutine à Bush après les attentats du 11 septembre 2001 à New York ? Poutine était alors l’un des premiers dirigeants mondiaux à offrir son aide aux États Unis et à faire ses condoléances à la nation. Un semblant de détente entre les deux grandes puissances qui a rapidement pris fin, suite au veto russe au conseil de sécurité de l’ONU, contre l’invasion des américains en Irak. Le message que Poutine souhaite alors faire passer : une nation n’a pas à interférer dans les affaires intérieures d’une autre nation. Et de conclure : personne ne devrait interférer dans les affaires intérieures de la Russie…

La popularité

Les produits à l’effigie de Poutine se mettent à toutes les sauces. De la vodka aux gâteaux, en passant par les montres, les bustes en bronze et les conserves. Même si les fabricants jouent avec la typographie de certaines lettres du patronyme Poutine, afin d’éviter tout problème juridique, l’allusion reste évidente. Le quotidien moscovite Izvestia explique le succès des ventes de ces produits comme une conséquence de la popularité de l’ex-chef d’État russe. Un exemple : en vente dans toutes les grandes librairies, la photo du leader coûte un peu moins de 500 roubles (10 euros environ).

Après les élections ?

Lors de sa conférence de presse annuelle du 14 février dernier, Poutine rappelle qu’il a mis en place un programme de développement pour la Russie jusqu’en 2020. Un signe qu’il ne prévoit pas de s’effacer derrière son dauphin Dimitri Medvedev, dont il ne compte d’ailleurs pas accrocher le portrait dans son bureau…


Rappel biographique de Poutine :

1952 : naissance à Leningrad (aujourd’hui St Pétersbourg)
1975 : tout juste diplômé en droit à l’université d’État de Leningrad, les portes du KGB (principal service de renseignement soviétique) s’ouvrent à lui. Il sert pendant quinze ans les renseignements extérieurs
1983 : il épouse Lioudmila Aleksandrovna Poutina
1999 : nommé premier ministre par Boris Eltsine
fin 1999 : devient Président par intérim à la suite de la démission de Boris Eltsine
2000 : élu Président dès le premier tour de l'élection présidentielle anticipée
2004 : deuxième mandat présidentiel
2007 : élu personnalité de l’année par le magazine américain Time et par le magazine économique russe Expert.

En bonus : Le système Poutine : d'où vient le nouveau Tsar ?



Article publié le 3 mars 2008. N'hésitez pas à laisser des commentaires.
par S.G. publié dans : Pouvoir communauté : Media - Actualité générale
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