La Feuille du Webhttp://www.lafeuilleduweb.info/2008-01-17T17:00:28Zover-blog.com Atom 1.0 Generatorhttp://accel6.fdata.over-blog.com/99/00/00/01/img/avatar.pngSite d'information à publication hebdomadaire : pouvoirs, monde, société, médias, culture.http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897191.htmlAcrimed : une critique active des médias (1/3)2008-05-26T10:45:42Z2008-05-26T10:03:00ZP.F.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
1. Acrimed: Action-CRItique-MEDias
Tout est déjà dans son nom: Acrimed, pour « action-critique-médias », est une association française qui allie la critique des médias à l'action. Composée de journalistes et salariés
des médias, de chercheurs et universitaires mais aussi d'acteurs du mouvement social et d' « usagers » des médias, elle s'exprime principalement par un site internet, acrimed.org.
L'organisation naît dans la foulée du mouvement social de 1995, en France. Face à la manière dont les grèves étaient traitées dans les médias, des signataires (parmi lesquels une majorité de
journalistes) appellent à « une action démocratique sur le terrain des médias »[1]. On retrouve les noms de Patrick Champagne, Régis Debray, Jean
Ferrat ou encore Dominique Voynet. Cette note jette les bases d'Acrimed, en dénonçant entre autres « l'appropriation de la plupart des grands médias par les puissances financières et
politiques qui s'en servent sans compter pour permettre à « ceux d'en haut » d'imposer leurs valeurs et leurs décisions à « ceux d'en bas » »[2].
Le mot d'ordre est lancé: conduire « une réflexion critique sur le statut et le rôle des médias », mais aussi mener, en coordination avec les syndicats et autres associations,
des actions « qui permettent le développement de la démocratie dans les médias ». L'objectif avoué d'Acrimed est donc une transformation des médias, en théorie et en pratique.
Aujourd'hui âgée d'une douzaine d'années, l'organisation a fait du chemin. Elle s'exprime via trois supports différents: des ouvrages, individuels ou collectifs, des « bulletins », mais
aussi et surtout son site internet.
Un observatoire des médias
Sur la page principale de son site internet, Acrimed propose une série d'articles d'analyse des médias. Récemment, un article dénonçait par exemple la manière dont s'était déroulé un débat autour
de Mai 68 sur Arte[3]. Outre ces articles se basant sur des faits précis, Acrimed propose des réflexions de fond sur le fonctionnement des médias. C'est toute
une logique commerciale qui est remise en cause: la possession des médias par des groupes financiers, le caractère spectaculaire de l'information, les conditions du métier de journaliste et
l'uniformité du « discours médiatique » sont les cibles privilégiées d'Acrimed.
L'association se propose donc, en occupant une position de contre-pouvoir, de décrypter l'information dans les médias. D'« informer sur l'information ».Une analyse poussée de la forme
employée dans les articles ou émissions permet souvent de relever des contradictions ou d'identifier un discours dominant, qu'Acrimed désigne comme « le prêt-à-penser de la société de
marché »[4].
Henri Maler, l'un des fondateurs et principaux représentants d'Acrimed, dénonce ainsi l'incursion de la culture publicitaire dans les médias[5]. Notamment par
l'emploi de « formules choc »: des phrases très proches des slogans publicitaires, qui résument l'essentiel de l'information qui va suivre et « accrochent » le lecteur,
auditeur ou téléspectateur. Cette technique d'accroche, classique, nous a d'ailleurs été enseignée à l'IDJ[6].
Autre reproche formulé à l'adresse des médias dominants: leur manque de pluralisme, caché sous une apparente diversité[7]. Pour Henri Maler, cette uniformité
s'explique par la volonté de dissuader « le moins grand nombre possible de ceux qui se présentent sur le marché »[8] ( et donc d'attirer le plus
grand monde) . Il ne croit pas à une manipulation délibérée des organes d'information, mais plutôt à la convergence de divers facteurs - dont une logique de rentabilité, ainsi que l'origine, la
formation et la position sociale des journalistes - qui oriente le discours médiatique.
Il rejoint ainsi l'analyse de Bourdieu[9], qui explique que « le fait que que les journaliste qui, au demeurant, ont beaucoup de propriétés communes,
de condition, mais aussi d'origine et de formation, se lisent les uns les autres, se voient les uns les autres, se rencontrent constamment les uns les autres dans des débats où l'on revoit
toujours les mêmes, a des effets de fermeture et, il ne faut pas hésiter à le dire, de censure aussi efficaces - plus efficaces, même parce que le principe en est plus invisible - que ceux d'une
bureaucratie centrale, d'une intervention politique expresse. »[10]
Noam Chomsky rejette également une quelconque théorie du complot. Alors qu'un étudiant américain lui demandait comment l'élite contrôlait les médias, il lui répondit: « Comment
contrôle-t-elle Generals Motors? La question ne se pose pas. L'élite n'a pas à contrôler Generals Motors. Ca lui appartient. »[11]
Une critique active
En critiquant la « marchandisation de l'information », Acrimed rejoint de nombreuses analyses du système médiatique actuel... y compris les plus cyniques, comme celle de Francis
Bouygues qui déclarait: « Nous sommes privés. Nous sommes évidemment une chaîne commerciale. Il y a des choses que nous ne souhaitons pas faire, par exemple: du culturel, du politique,
des émissions éducatives »[12]! Ce qui différencie l'association d'autres observatoires, c'est l'aspect actif qu'elle revendique. Elle se
définit, dans ce sens, comme une « association militante »[13], et se veut coordonnée avec des acteurs du mouvement social. Engagée
politiquement (proche de l'organisation altermondialiste ATTAC), Acrimed entend produire une critique « radicale » au sens propre du terme: qui prend les choses à la racine. Cette
critique implique, pour l'organisation, de « mobiliser et se mobiliser avec toutes les composantes disponibles pour constituer un véritable front de lutte à la mesure des enjeux :
la question des médias est une question démocratique essentielle, une question politique. »[14]
La qualité d'observatoire des médias constitue l'activité principale d'Acrimed. La mise à nu du système médiatique actuel permet d'en prendre conscience, or « la lucidité est une
forme de résistance »[15]. La volonté d'action d'Acrimed s'exprime également à travers les propositions concrètes qu'elle oppose au
fonctionnement actuel des médias. Contrairement à d'autres analyses (détaillées dans la troisième partie de ce travail), qui souhaitent « améliorer » le système tel qu'il est par des
réformes à la marge ou par une déontologie des professionnels de l'information, Acrimed considère qu'une véritable rupture est nécessaire pour changer les choses en profondeur.
Des pistes concrètes et radicales sont donc avancées par l'observatoire des médias, qui reprend à son compte la célèbre devise d'ATTAC, « Un autre monde est possible », transposée aux
médias: « un autre monde médiatique est possible »[16]. En vrac, l'association propose par exemple un secteur public libéré de toute publicité,
qui serait financé par une taxe sur l'impôt indirect constitué par la publicité commerciale (ce qui rejoint la proposition de Pierre Bourdieu concernant la télévision publique[17], mais pas celle de Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa). Autres revendications essentielles: « la redéfinition de l'aide à la presse; le renforcement des sociétés de
rédacteurs indépendantes et, plus généralement, du contrôle de tous leurs salariés des médias sur leurs entreprises; le libre accès des journalistes, professionnels ou non, au coeur du système
d'exploitation (ouverture des livres de comptes, fin du secret bancaire,...) »[18].
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
[1] http://www.acrimed.org/article41.html
[2] Ibidem
[3] http://www.acrimed.org/article2887.html
[4] http://www.acrimed.org/article205.html
[5] http://www.acrimed.org/article335.html
[6] Cours radio du 23 janvier 2008; cours télé du 30 janvier 2008
[7] http://www.acrimed.org/article335.html
[8] Ibid.
[9] BOURDIEU, Pierre, Sur la télévision, éd. Raisons
d'agir, Paris, 1996, p.18, 20 et 23
[10] Idem, p.26
[11] Citation in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.51
[12] Francis Bouygues, cité in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.63
[13] http://www.acrimed.org/article2793.html
[14] Magazine n°1 d'Acrimed
[15] HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.145
[16] http://www.acrimed.org/article1064.html
[17] CHAMPAGNE, P. et CHARTIER, R. (dir.), Pierre Bourdieu et les médias, éd. L'Harmattan,
Paris,2004, p.103
[18] http://www.acrimed.org/article1363.html; NdlA: Il ne s'agit pas ici du programme exhaustif d'Acrimed
mais d'un aperçu de celui-ci.
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897219.htmlAcrimed : une critique active des médias (2/3)2008-05-26T10:44:44Z2008-05-26T10:02:00ZP.F.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
2. Médias et mouvements sociaux
Journalisme et mouvement social étaient autrefois associés au sein du Syndicat des Journalistes du Mouvement Social (créé en 1922). Proche du mouvement ouvrier, celui-ci rassemblait des
journalistes engagés ou d'anciens syndicalistes envisageant l'activité journalistique comme une composante de l'activité politique[1]. Peu à peu, le syndicat
s'écarte cependant de l'action revendicative, et se dissout finalement en 1975. Vingt ans plus tard, Le Monde crée une rubrique ad hoc, « France - Mouvements sociaux » pour
aborder les grèves et manifestations relatives au réformes d'Alain Juppé[2]. Qu'est devenue la couverture médiatique des mouvements sociaux dans les médias?
Petit flashback: nous sommes en 1995, en France. Alors qu'Alain Juppé occupe la fonction de Premier ministre sous Jacques Chirac, des grèves s'organisent dès le mois d'octobre pour défendre la
Sécurité sociale. Les étudiants se mobilisent au même moment pour leurs conditions budgétaires de rentrées, mais les mouvements ne sont pas coordonnés. Le contexte est agité, il ne manque plus
qu'un élément déclencheur pour rassembler les différents acteurs sociaux. Ce sera le « plan Juppé » sur les retraites et la Sécurité sociale, annoncé le 15 novembre sans concertation
avec les syndicats. Grèves et manifestations se multiplient, et donnent naissance au plus important mouvement depuis Mai 68.
Pour Sandrine Lévêque, la crise sociale de 1995 correspond à une crise journalistique. Elle s'explique: « A l'instar d'autres acteurs confrontés à une situation de crise, les
journalistes engagent alors « un travail de reconstruction du monde social » à partir des catégories qui ont fait leurs preuves dans des contextes plus
« routiniers »[3]. Surpris par l'ampleur du mouvement, les journalistes l'associent à ses manifestations les plus
spectaculaires (grèves des transports, manifestations des étudiants et des fonctionnaires,...). De nombreuses critiques fustigent alors le traitement médiatique du mouvement social. La crise naît
du fossé qui sépare la vision du « peuple » et celle des médias.
Serge Halimi distingue 5 actes dans la « pièce médiatique » du mouvement[4]. Premier acte: les médias expriment leur admiration pour le plan Juppé.
Pourtant, l'annonce de celui-ci entraîne rapidement des réactions syndicales. Acte 2: les éditorialistes « recommandent alors au Premier ministre de tenir bon ». Sandrine Lévêque
répertorie les unes de différents quotidiens[5]: « Juppé ose une réforme », « Juppé l'audace », « Juppé lance la refondation de la
sécurité sociale », ou encore « Le plan de financement de la sécurité sociale satisfait la majorité mais inquiète les syndicats ».
On passe au troisième acte, toujours selon Halimi: les médias s'étonnent de l' « irrationnalité » du peuple français, comme en témoigne la réflexion de Gérard Carreyrou, de TF1:
« M. Juppé a marqué sans doute un point, celui du courage politique. Mais il joue à quitte ou double face à un mouvement où les fantasmes et l'irrationnel brouillent souvent les
réalités. »[6]. Le mouvement ne s'épuise toujours pas, le quatrième acte commence: la presse dénonce les
« corporatismes » et les preneurs d' « otages ». L'acte 5 voit tomber le rideau; les journalistes donnent la parole aux acteurs du mouvement social avant d'en décréter la fin
le 21 décembre 1995, date du sommet social. La durée du mouvement, pour les médias, est réduite aux périodes de manifestations et grèves des transports, événements les plus spectaculaires[7].
Au coeur du mouvement social: naissance d'Acrimed
Que s'est-il passé au juste en 1995? Les médias français ont relayé une opinion contraire à la majorité de la population. Celle-ci se sent dès lors trahie, les grévistes ne croient plus aux
journalistes. « C'est fini, ils sont comme les hommes politiques, loin de nous ; et leur journal, c'est pas la réalité. Nous, on ne se fait jamais entendre à la télé. Si, ce sera
trente secondes, un des nôtres qui n'a pas l'habitude de parler devant une caméra »[8]. C'est alors que « l'appel à une action démocratique sur
le terrain des médias »[9], la base d'Acrimed, voit le jour.
L'association dénonce le manque de représentation des acteurs sociaux dans les médias ou leur stigmatisation à travers un vocabulaire péjoratif, preuves à l'appui. Des analyses détaillées
permettent d'observer des phénomènes dont les journalistes n'étaient sans doute pas conscients.
Par exemple, Acrimed constate que les plateaux de télévision ont accueilli des acteurs sociaux - cheminots, postiers, employés RATP, étudiants - alors que le mouvement social s'éternisait. Mais
ceux-ci ne prenaient pas la parole, contrairement aux experts qui étaient présents (ministres, députés, dirigeants syndicaux). « De temps en temps, prudemment, les présentateurs
entrouvraient un des tiroirs, révélant des gueux muets qui écoutaient les nantis de la parole », dénonce alors Daniel Schneidermann dans Le Monde[10].
Deux observations découlent de cet exemple: d'une part les journalistes distribuent le temps de parole de manière inégale, et d'autre part les représentants du mouvement social n'étaient pas
habitués à prendre la parole comme les experts qui étaient en face d'eux. On est clairement en face de « dominants » et de « dominés », et de ce que Bourdieu appelle une
« violence symbolique »[11]. La langue légitime, qui rend crédible à la télévision, est reconnue de tous mais seule la classe dominante,
bénéficiant d'un capital socio-culturel élevé, la maîtrise. D'où une inégalité criante lors de ces émissions censées donner la parole à tous. Le sociologue, face à cette problématique, livre une
ébauche de solution: « Pour rétablir un tout petit peu d'égalité, il faudrait que le présentateur soit inégal, c'est-à-dire qu'il assiste les plus démunis relativement. Quand on veut que
quelqu'un qui n'est pas un professionnel de la parole parvienne à dire des choses (et souvent il dit alors des choses tout à fait extraordinaires que les gens qui ont la parole à longueur de
temps ne sauraient même pas penser), il faut faire un travail d'assistance à la parole. »[12]
Par son analyse critique de la presse en 1995, Acrimed acquiert rapidement une visibilité, qui s'est largement étendue depuis. Après le mouvement de 1995, l'observatoire des médias s'investit
entre autres contre le traitement médiatique de la réforme des retraites en 2003, et en 2006 contre celui du CPE. En 2005, il s'insurge contre le « battage médiatique » en faveur de la
constitution européenne, ce qui débouchera sur un ouvrage collectif: « Médias en campagne. Retour sur le référendum de 2005 »[13]. Devenu
aujourd'hui une référence, le site d'Acrimed nous a d'ailleurs été conseillé à l'IDJ en début d'année pour recouper nos sources d'information.
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
[1] LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements
sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.90
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.100-101
[5] LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements
sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.91-92
[6] Cité in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.103
[7] LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements
sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.94
[8] Un gréviste de la RATP, cité par Dominique Leguilledoux, "Paroles de grévistes", Le Monde, 5 déc. 1995 , in
http://www.acrimed.org/article339.html
[9] http://www.acrimed.org/article41.html
[10] Cité in ACRIMED (Henri Maler et Mathias Reymond), Médias et mobilisations sociales, la morgue et le mépris?, éd. Syllepse,
Paris, 2007, p.81
[11] BOURDIEU, Pierre, Langage et pouvoir symbolique, éd. du Seuil, Paris, 2001, p.161
[12] BOURDIEU, Pierre, Sur la télévision, éd. Raisons d'agir, Paris, 1996
[13] Par Henri Maler et Antoine Schwartz, éd. Syllepse, Paris, 2005
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897288.htmlAcrimed : une critique active des médias (3/3)2008-05-26T10:44:26Z2008-05-26T10:01:00ZP.F.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
3. Acrimed et les autres
L'analyse d'Acrimed se base sur le constat de la « marchandisation de l'information ». Partant de ce fait, l'association développe une critique du journalisme influencé par une logique
commerciale, et propose une série de solutions face au fonctionnement qu'elle dénonce. Mais elle n'est pas la seule! Il existe non seulement d'autres observatoires des médias, mais aussi de
nombreux essais ou ouvrages théoriques qui ont pour objet le système médiatique actuel. Si ces différents organes sont généralement d'accord sur le « diagnostic » de la « société
de l'information », on pourrait diviser les « remèdes » qu'ils proposent en deux tendances. L'une, modérée, considère que le système médiatique peut être amélioré « en
douceur » et se base essentiellement sur une « éthique » du journalisme. L'autre, radicale, estime que certaines choses doivent être supprimées ou réglementées par la loi pour
qu'un véritable changement ait lieu. L'intérêt d'étudier ces différentes théories est de découvrir une série d'alternatives au fonctionnement des médias du XXIème siècle, et de situer Acrimed
parmi elles.
Exemple modèle de la critique « modérée », François Simon, ancien journaliste du Monde, estime qu'il « n'existe de responsabilité que personnelle »[1]. Alors qu'il rejoint Acrimed sur une majorité de ses constats, François Simon pense que le journaliste doit se montrer « éthique », et ainsi résister aux pressions
exercées sur lui. Pour lui, Hubert Beuve-Méry, le fondateur du journal Le Monde, incarne cette éthique journalistique. Celui-ci revendiquait en effet de n 'avoir derrière lui « ni
banque, ni église, ni parti politique »[2], et acceptait - sans avoir le choix - la publicité mais « à condition qu'elle soit informative,
telle la petite annonce »[3]. Il refusait la moindre image en couverture du quotidien, qui s'ouvrait toujours sur les pages
internationales. Il arrivait même à Beuve-Méry d'ôter de la publicité lorsqu'il jugeait qu'elle prenait trop de place au regard de l'information[4]... Chose
totalement impensable aujourd'hui! J'en ai fait l'expérience sur mon lieu de travail (à La Libre Belgique): lorsque j'ai proposé, un jour, de supprimer un quart de page de publicité au profit
d'un article de dernière minute pour lequel il manquait de l'espace dans le journal, tout le monde a éclaté de rire! Même réaction lorsque j'ai demandé, lors de la visite à la RTBF, s'il fallait
supprimer de la publicité lorsque le JT dépassait le temps prescrit.
En Belgique, l'Association des Journalistes Professionnels (AJP) propose la mise en place d'un « journalisme équitable »[5]. Celui-ci pourrait être
comparé au commerce équitable: partant du constat d'inégalités - ici, la précarité des journalistes et la pression exercée sur eux par des objectifs de rentabilité[6], l'AJP propose par exemple une charte garantissant aux journalistes indépendants des barèmes minima décents[7] ou encore une instance
déontologique[8]. La citation suivante exprime clairement l'optique de telles démarches: « dénoncer n'est rien si ce cri n'a pour écho que le cynisme
de ceux qui prônent la loi de la jungle, l'ultralibéralisme non corrigé socialement »[9]. Il serait donc possible, selon l'association, de corriger
l'ultralibéralisme de manière sociale. Ce qui rejoint le concept de commerce équitable, qui ne vise pas les structures économiques de la société mais cherche à en atténuer les conséquences, en
appliquant une « éthique citoyenne » à laquelle chacun est libre d'adérer... ou non, avec des résultats pour le moins mitigés. Face à l'éthique ou responsabilité individuelle proposée
par François Simon, une organisation collective est ici proposée afin de garantir une déontologie au sein de la profession journalistique.
Après le journalisme équitable, le « bio »: François Heinderyckx, professeur de communication politique à l'ULB, compare la « malinformation » à la « malbouffe ». Il
retient de celles-ci deux aspects, la qualité nutritionnelle des aliments et les choix de consommation, qu'il retrouve dans le contexte de l'information: « L'altération de la qualité de
notre information résume parfaitement la plupart des dérives identifiées dans cet ouvrage: émotion, brièveté, sélection fantaisiste, spectacularisation, uniformisation et conformisme. Par
ailleurs, on veut s'informer vite, et on veut que ce soit agréable; facile mais rassasiant; on ne lit plus la presse écrite, on préfère se laisser porter par le divertissant plutôt que de
s'astreindre aux efforts requis par la perception de contenus denses et riches. »[10] François Heinderyckx poursuit l'analogie, et
finit par proposer... une information « bio »! Il commence toutefois par livrer son scepticisme par rapport aux méthodes qu'il propose: des efforts de persuasion ou de coercition (voués
à l'échec face à la pression publicitaire et au conformisme social) ou carrément une contrainte (mais obliger ou interdire « peut provoquer des retours de bâton
contre-productifs »[11]). Alors? « Il faut encourager l'information par une promotion du plaisir de savoir, mais surtout de
comprendre »[12]. Ou prouver que les supports d'information intelligents sont aussi « savoureux » que le
divertissement... L'alternative est donc laissée, ici, au choix du consommateur éclairé.
« Il n'y a pas de liberté de la presse. Ce concept est utilisé pour démonter ceux qui auraient l'outrecuidance de mettre la crédibilité de la presse en question. La presse est un
commerce et un instrument de domination. Basés sur la crédibilité de la ou du journaliste. »[13] Pour Gérard De Sélys, ancien journaliste
à la RTBF, la plupart des journalistes préfèrent aujourd'hui « faire de l'audience » plutôt que d'informer. Ils répondent ainsi à la logique commerciale insufflée par les propriétaires
des médias. Mais pourquoi cette passivité? Gérard De Sélys rejoint Bourdieu pour pointer un problème, selon lui, essentiel: les journalistes seraient issus « de la même classe que les
dirigeants capitalistes » et donc flattés de servir leurs intérêts. La solution face à cette domination, explique le journaliste, est du côté des journalistes: « il ne faut
pas compter que les choses changent tant que des journalistes n'auront pas délibérément tourné le dos à cette idéologie »[14]. Outre les
journalistes, De Sélys attribue un rôle important au public, qui a un pouvoir de contrôle et de critique. Non seulement le public peut s'informer, mais il peut également informer. L'expérience
quotidienne des gens est aussi source d'information. L'alternative proposée ici ressemble aux précédentes dans le sens où elle repose sur des initiatives individuelles (des journalistes ou du
public). Elle franchit cependant une étape, en supposant une rupture totale pour que les choses changent.
Certaines analyses proposent également des alternatives totalement abstraites, livrant une piste davantage philosophique que concrète. C'est le cas de celle de Florence Aubenas (journaliste à
Libération jusqu'en 2006) et Miguel Benasayag (ancien chroniqueur de France Culture), qui estiment que le journalisme doit opérer « une révolution en son sein »[15] afin de briser une vision unidimensionnelle. Cette critique rejoint celle de De Sélys, en insistant sur la nécessité, pour les journalistes, de rendre compte d'une vision
populaire, et non de stéréotypes intégrés à leur mode de pensée. On retrouve la critique d'Acrimed ou de Serge Halimi lors du mouvement social de 1995: un « monde des journalistes »
coupé du « peuple ». Pour Florence Aubenas et Miguel Benasayag, « la ligne de rupture traverse certes la presse, mais elle ne s'y arrête pas: elle trace la frontière entre ceux
qui s'accomodent du mode virtuel de la communication, et donc de la société néolibérale qui la produit, et ceux qui s'engagent dans une véritable alternative. »[16] Laquelle? On ne le saura pas...
Enfin, d'autres n'hésitent pas à exiger des changements « radicaux » du système médiatique. C'est le cas par exemple de Fabien Granjon, sociologue, qui trouve urgent d'
« empêcher réglementairement la dérégulation des services publics et la concentration capitalistique des médias en de puissants trusts. »[17]Il énumère encore d'autres proposition pour « une autre information »: une stricte séparation des pouvoirs économique, politique et médiatique (telle que la
revendiquait déjà le Conseil National de la Résistance au sortir de la guerre); l'autogestion des entreprises publiques médiatiques par des conseils mixtes regroupant producteurs et usagers
responsables, la suppression de toute publicité dans les chaînes de service public (comme Acrimed),...Par rapport au métier de journaliste, il revendique entre autres une revalorisation des
salaires et la promotion de règles déontologiques (il rejoint sur ce point la position de l'AJP) pour améliorer les conditions matérielles d'exercice du métier.
Outre ces critiques des médias proposant des alternatives, il existe d'autres observatoires des médias. L'Observatoire français des médias (OFM), créé en 2003 à Porto Alegre, collabore avec
d'autres comme Acrimed. Il se veut fédérateur d'une force « éthique et morale »[18]qui permette d'intervenir dans le champ des médias. Pour son
président, Armand Mattelart, le plus important est de « construire une conscience, une culture citoyenne des médias qui soit à la fois critique du mode de production de l'information et
prise de conscience de ses enjeux structurels: régulation du secteur privé, renforcement du secteur public et légitimation d'un tiers secteur, de médias libres et
indépendants. »[19]
Il existe aussi une critique des médias à l'intérieur des médias. Outre les Guignols, qui utilisent l'humour (et que certains considèrent comme renforçant le système médiatique en offrant une
« critique spactaculaire du spectacle »[20]), il existait jusqu'il y a peu l'émission « Arrêt sur images » sur France 5, aujourd'hui
transformée en site internet[21]. Décryptant l'information de manière comparable à Acrimed, Daniel Schneidermann explique cependant ce qui, selon lui,
sépare les deux observatoires: « Acrimed et nous, à Arrêt sur images, n'entendons pas la même chose par "critique des medias". Nous, nous tentons d'observer la manière dont les medias
déforment la réalité. La tordent, la triturent, l'amplifient, la simplifient, la caricaturent, la trahissent (et parfois, aussi, ne l'oublions pas, la retranscrivent simplement, ou l'illuminent).
Quel que soit le sens de la torsion. Acrimed, eux, ils savent d'avance dans quel sens les medias vont déformer le monde : dans le sens de la complicité avec les pouvoirs de droite et
l'ultralibéralisme. »[22]A la décharge d'Acrimed, signalons tout de même que ses analyses sont fouillées et s'appuyent sur des
démonstrations argumentées, preuves à l'appui. Cependant, les relectures d'Acrimed vont en effet plus loin que la simple constatation, pour livrer une interprétation de ce qu'elle considère comme
plus que de simples « dérives ». L'association possède une vision structurelle du système médiatique, qu'elle est d'ailleurs loin d'être la seule à associer au néo-libéralisme
économique.
Conclusion
L'objectif de ce travail était de découvrir le fonctionnement d'Acrimed, en tant qu'observatoire des médias qui propose des alternatives au système médiatique actuel. La première partie était
donc consacrée à une simple observation de l'organisation. Ensuite, c'est Acrimed en tant qu' « association militante » qui a retenu notre attention, sous l'angle des rapports entre
médias et mouvements sociaux. Le mouvement social de 1995 nous a servi d'exemple concret (d'autant plus qu'il était à l'origine d'Acrimed), mais on peut observer un rapport particulier entre
médias et mouvements sociaux quotidiennement.
Ainsi, le 19 mai, l'édito du Soir[23], signé Bernard Demonty, avait pour sujet la grève de la SNCB annoncée pour le soir même. La manière dont l'information
y est traitée pourrait fournir une excellente matière de travail à un observatoire de médias tel qu'Acrimed: l'auteur compare la grève au « coup de gueule d'une personne colérique »
(« On râle un peu quand elle éclate, mais on sait que la soupe au lait se raplatira le lendemain ») et à une maladie (« cette grève est l'infection de deux blessures
négligées »; il y a un « danger de contamination »). Il continue sur le même ton, employant par exemple dans la phrase suivante: « le pays grouille de jeunes rêvant d'un
boulot », le terme « grouiller » aussi employé pour la vermine, et le verbe « rêver », travailler étant plus sûrement une nécessité pour vivre qu'un « rêve »
chez les jeunes... Un décryptage qui prend du temps mais ouvre les yeux lorqu'il est fait consciencieusement!
La dernière partie du travail avait pour objectif de situer Acrimed parmi d'autres critiques et analyses des médias, en observant les alternatives proposées de part et d'autres. On peut
déterminer deux tendances au sein de ces différentes analyses: l'une modérée, l'autre radicale. Acrimed, en montrant les apories des critiques modérées, dessine la possibilité de changements en
profondeur du monde médiatique. Pour que le poids de l'indépendance d'esprit ne repose plus entièrement sur les épaules des individus, journalistes ou lecteurs, mais sur les conditions de
production des médias.
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
[1] SIMON, François, Journaliste, dans les pas d'Hubert Beuve-Méry, éd. Arléa, Paris, 2005, p.12
[2] Idem, p.79
[3] Idem, p.97
[4] Idem, p.101
[5] DUMONT, Jean-François (dir.), Le Livre Noir des journalistes
indépendants, éd. Luc Pire, Bruxelles, 2006, p.102
[6] Entre autres, LOUSBERG, Brigitte, « Précarité: le journalisme en danger? », in Les cahiers de Journalistes - la
lettre de l'AJP, hors série n°2, avril 2007
[7] Idem, p.101
[8] http://www.agjpb.be/ajp/deontologie/instances.php ou Les cahiers de Journalistes - la lettre de
l'AJP, hors série n°1, janvier 2007
[9] DUMONT, Jean-François (dir.), Le Livre Noir des journalistes
indépendants, éd. Luc Pire, Bruxelles, 2006, p.101
[10] HEINDERYCKX, François, La malinformation, plaidoyer pour une refondation de l'information, éd. Labor, Bruxelles,
2003, p.84
[11] Idem, p.85
[12] Ibid.
[13] DE SELYS, Gerard (dir.), Mediamensonges, éd. EPO, Bruxelles, 1991, p.136
[14] Idem, p.137
[15] AUBENAS, F. et BENASAYAG, M., La fabrication de l'information, éd. La Découverte et Syros, Paris, 1999, p.106
[16] Ibid.
[17] GRANJON, Fabien, « Une autre information est possible », in CONTRETEMPS (coll.), Société de l'information: faut-il
avoir peur des médias, éd. Textuel, Paris, 2006, p.13
[18] MATTELART, Armand, « Quarante ans de critique des médias », in CONTRETEMPS (coll.),
Société de l'information: faut-il avoir peur des médias, éd. Textuel, Paris, 2006, p.70
[19] Ibid.
[20] AUBENAS, F. et BENASAYAG, M., La fabrication de l'information, éd. La Découverte et Syros, Paris, 1999, p.79
[21] http://www.arretsurimages.net
[22] http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=337
[23] http://www.lesoir.be/forum/editos/une-apathie-longue-comme-un-2008-05-19-599198.shtml
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896282.htmlSport et médias, question d'intérêt (1/3)2008-05-26T10:11:46Z2008-05-26T09:00:00ZP.J.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Depuis les années trente, le sport et la télévision grandissent côte á côte. Des Jeux Olympiques de Berlin en 1936 à nos jours, ce couple n'a cessé d'évoluer au point d'arriver aujourd'hui à
une relation d'interdépendance.
En effet, si on prend l'exemple du football en Belgique, on remarque l'importance que reflètent les droits de retransmission télévisée aux yeux des clubs professionnels. La survie des ces
derniers en dépend. C'est pour cette raison que certains clubs, à l'image du Sporting d'Anderlecht ou du Standard de Liège menacent la ligue de vendre leur droit de retransmission séparément afin
de toucher un butin plus important. Quant aux grands groupes de médias, le sport leur offre une audience importante garantie, et par la même occasion des revenus publicitaires très intéressants.
Cette course effrénée à l'audience est également une source de conflits entre ces deux entités. La télévision a formaté au fil du temps certains sports, et ce afin de les rendre plus attractifs.
L'exemple récent de la natation l'atteste. Afin d'obtenir un taux d'écoute supérieur en Europe, les chaînes détentrices des droits de diffusion ont fait pression afin de postposer les finales des
Jeux Olympiques de Pékin le matin. Ceci malgré une forte opposition de la par des spécialistes de la discipline. Selon Wladimir Andreff et Jean François Nys les résultats des athlètes sont
inférieurs le matin. « Les sportifs de haut niveau ne réalisent pas les mêmes performances. Le réveil psychologique est lent. Un sauteur à la perche habitué à franchir 5,50 mètres atteint
difficilement 5,20 mètres le matin[1] ».
Cette relation « amour- haine » m'a amené à me poser la question suivante : Quelles sont les influences de la télévision sur le sport ?
Pour répondre à cette interrogation, je vais tout d'abord présenter un bref historique de la relation entre le sport et la télévision. Ensuite, j'expliquerai les avantages que cette relation peut
apporter tant pour le média cathodique que pour les différentes disciplines dont je parle dans ce travail. Après avoir fait le point sur les avantages de cette union, je ferais le tour de ses
inconvénients et des risques que celle-ci comporte.
Historique des relations entre le sport et la télévision
L'histoire commune qui rassemble le sport et la télévision a démarré il y a plus de septante ans. Cette relation était avant tout économique et financière. En effet, l'un des premiers sports à
accéder aux recettes provenant des droits de retransmission télévisée fut le baseball aux Etats-Unis, avec 18.000 dollars de droits perçus en 1933. Au niveau international, les Jeux Olympiques
furent la première grande manifestation à faire l'objet d'une couverture télévisée lors des très controversés Jeux de Berlin en 1936. Au cours de cet événement, seize journées d'émissions en
direct furent réalisées[2].
La télévision a l'avantage, contrairement à la presse écrite, de donner l'information en direct. Elle va très vite revendiquer et prendre une place de choix dans la couverture des évènements
sportifs[3].
Les sociétés sportives y trouvent également leur bonheur. « Les patrons des plus grandes disciplines du sport ont vite compris que Dame Télé pouvait être à la fois une découvreuse de talents et
une usine à fric. Portés par des imprésarios qui venaient faire leur pelote, ils ont négocié, au cours d'années fastueuses, les apparitions sur l'écran de chaque événement d'importance[4] ».
Certains événements sportifs, comme la Coupe du monde ou la Coupe d'Europe vont se développer grâce à la montée du sport télévisé.
Pour la télévision, l'intérêt est double. Tout d'abord, le sport est un gisement d'audience très intéressant. Ensuite, il est un véritable laboratoire pour le média cathodique. En effet,
l'histoire du direct et des moyens techniques en télévision passe inévitablement par le sport: 1948, premier direct au parc des Princes pour l'arrivée du Tour de France; 1954, le zoom fait son
entrée dans les stades; 1967, apparition du ralenti ; et un an plus tard, la couleur apparaît lors des Jeux de Grenoble. On pourrait ajouter également l'utilisation de l'hélicoptère et
des motos pour les prises de vues lors des compétitions cyclistes ou encore la superposition d'images[5].
Au fil du temps, la relation entre le sport et la télévision s'est développée et s'est renforcée sans cesse. Ce long cheminement, qui dure depuis une septantaine d'années, leur a permis de
devenir de plus en plus interdépendant l'un de l'autre.
[1] ANDREFF W. et NYS J.-F., Le sport et la télévision : relations économiques : pluralité d'intérêt et
sources d'ambiguïtés, Dalloz, Paris, 1987, p.92
[2] Ibid., p.11
[3] DEREZE G., Société et sport : Sport(s) et médias, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, 2000, p.18
[4] POISEUL B., Les liaisons dangereuses du football et de la télévision, coll. « les écrits de
l'image », nº7, 1995, p.42
[5] DEREZE G., op. cit., p.18
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896336.htmlSport et médias, question d'intérêt (2/3)2008-05-26T10:11:25Z2008-05-26T08:59:00ZP.J.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Intérêts convergents
La télévision
L'audience
« La télévision est intéressée par le sport car c'est un gisement d'audience[1] ». Il y a quelques années, cette affirmation aurait été impensable.
Si on prend l'exemple de la Belgique, le paysage audiovisuel n'était constitué que de deux chaînes publiques : la BRT pour le nord du pays et la RTBF pour les francophones. « Le service
public avait pour mission d'informer les auditeurs, de les distraire et de les éduquer. A cette époque, l'audience n'était pas une priorité »[2]. Dans
les années quatre-vingt, les choses vont changer avec l'arrivée des chaînes privées ainsi que des chaînes cryptées. Ces différents médias sont financés essentiellement par la publicité, et cet
apport financier dépend bien évidemment des scores d'audiences réalisées. Cette dépendance a poussé les chaînes de télévision à se lancer dans une course effrénée afin de pouvoir diffuser
l'événement qui leur offrira le nombre de téléspectateurs espéré.
La publicité
Pour les chaînes de télévision, diffuser du sport leur permet avant tout d'obtenir un maximum de recettes publicitaires. La programmation d'événements sportifs leur assure une audience
importante. Elle garantit par la même occasion des revenus très intéressants, car le prix de passage des annonces est bien évidemment proportionnel au nombre de téléspectateurs escompté. Aux
Etats-Unis, le groupe audiovisuel NBC a annoncé le prix d'un spot publicitaire de 30 secondes pour le plus grand événement sportif de l'année : le Super Bowl 2009 (finale du championnat de
football américain). Celui-ci s'élève à 3 millions de dollars. Autrement dit 64.683 euros la seconde de diffusion. Ce qui équivaut à une augmentation de 11% par rapport à l'année 2008.
Le sport
Les droits de retransmission
Depuis plus de vingt ans, les droits de retransmission télévisée pour les évènements sportifs n'ont cessé s'augmenter. L'avènement des chaînes numériques dans le paysage audiovisuel a bouleversé
le sport en général et le football en particulier.
En prenant l'exemple du sport roi, « on remarque que cet apport financier contribue pour une grande partie au budget des clubs et des associations nationales. Selon une étude de
médiamétrie, dans la liste des dix audiences sportives télévisées les plus élevées dans 47 pays du monde, le football est cité à 353 reprises (sur un total de 470), dont 230 concernent la juteuse
Coupe du monde[3] ».
Le football attire les foules et les chaînes n'hésitent pas à dénouer les cordons de la bourse afin de satisfaire leur public. Au cours de la saison 2006-2007, la ligue des champions a
engendré près de 580 millions d'euro de droits de retransmission télévisée[4]. Cette somme est attribuée aux clubs selon leur résultat. Le Milan A.C.,
par exemple, vainqueur de cette édition a empoché pas moins de trente neuf millions et demi d'euros.
Au niveau national, les championnats les plus huppés sont bien évidemment les mieux rétribués. A titre d'exemple, la ligue nationale française a renouvelé le contrat télé pour la période
2008-2012. Celui-ci a été attribué conjointement à Canal+ et Orange pour la modique somme de 668 millions d'euros. Une grande partie de ce montant sera rétribué aux équipes du championnat. Les
clubs les plus riches sont donc ceux qui proviennent des pays au sein desquels les prix des droits de retransmission sont les plus élevés[5].
Ce système pose problème car il crée un fossé de plus en plus grand entre les grandes et les petites nations. En Belgique, le précédent contrat des droits TV était revenu entièrement à Belgacom
TV pour 36 millions d'euros. On devrait connaître le 19 mai prochain le montant du nouveau contrat pour les trois prochaines saisons mais celui-ci ne devrait pas dépasser les cent millions
d'euros. Un montant qui s'avère encore relativement faible par rapport aux sommes astronomiques qui sont négociées dans les nations du top européen.
Classement du chiffre d'affaire 2006-2007 en millions d'euros
1. Real Madrid 351
2. Manchester United 315,2
3. FC Barcelone 290,1
4. Chelsea 283
5. Arsenal 263,9
6. AC Milan 227,2
7. Bayern Munich 223,3
8. Liverpool 198,9
9. Inter Milan 195
10. AS Rome 157,6
11. Tottenham 153,1
12. Juventus Turin 145,2
13. Lyon 140,6
14. Newcastle United 129,4
15. Hambourg SV 120,4
16. Schalke 04 114,3
17. Celtic Glasgow 111,8
18. Valence CF 107,6
19 Marseille 99
20. Werder Brême 97,3
Dans ce classement, on remarque que les clubs proviennent des cinq championnats les plus rémunérateurs, hormis le Celtic de Glasgow. Il est intéressant, également, de constater que le top cinq
est composé de trois anglais et de deux espagnols. En Angleterre, pour la période 2007-2010, les droits de retransmissions ont été vendus pour 986 millions d'euros par saison. Quant aux
espagnols, ils ont tous les deux vendu leurs droits séparément. Ils ont chacun obtenu plus d'un milliards d'euros auprès de la maison de production Médiapro pour une durée de sept an.
La promotion
La télévision possède des qualités indéniables. « Elle peut jouer un rôle promotionnel favorable au sport à travers trois types d'incidence : une amélioration de l'image d'un sport, une
stimulation de la demande de spectacle sportif et un développement de la pratique sportive[6] ». Plus un sport est diffusé, plus il sera pratiqué. Par
exemple, lorsque qu'anciennement Justine Henin et Kim Clijsters se retrouvaient en finale d'un grand chelem le dimanche, de nouveau adhérents venaient garnir les clubs de tennis le lundi. Idem
pour le cyclisme où chaque année durant la première quinzaine de juillet, les vélos refont leur apparition sur nos routes lors du Tour de France.
Les sponsors
Le mariage entre les chaînes de télévision et le sport n'a pas seulement apporté à ce dernier une manne financière très intéressante. Cette union offre aux athlètes, aux clubs et aux fédérations
l'opportunité de tirer profit de leur image. En effet, leur présence régulière sur le petit écran attire les sponsors. Ceux-ci sont prêts à soutenir les différentes disciplines et à y investir
des sommes énormes. A titre d'exemple, le joueur anglais des Los Angeles Galaxy, David Beckham touche 31 millions d'euros par saison. La part des revenus provenant du sponsoring est estimée
à 25 millions. Pour les différentes marques, l'intérêt se situe dans le nombre d'apparition de leur poulain à la télévision. Mais ce système condamne les sports peu ou pas médiatisés. Pour Eric
Maitrot, il s'agir là d'un cercle vicieux. « Pas de télé, pas de sponsors ; pas de sponsors, pas d'argent ; pas d'argent, pas de champions ; pas de champions, pas de
télé[7] ».
[1] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.37
[2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., L'impact économique de la télévision sur le football professionnel en
Belgique, UCL, Louvain-la-Neuve, 2002, p.44
[3] La Dernière Heure - Les Sports, 08-12-99
[4] Source: UEFA
[5]Voir le classement des clubs les plus riche du monde publié par Deloitte & Touche en 2007
[6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.63
[7] MAITROT E., Sport et télé : les liaisons secrètes, Flammarion, Paris, 1995, p.305
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896393.htmlSport et médias, question d'intérêt (3/3)2008-05-26T10:12:03Z2008-05-26T08:58:00ZP.J.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Intérêts divergents
La télévision vide-t-elle les stades ?
La télévision offre différents avantages au supporter. Si on prend l'exemple du football, la petite lucarne propose chaque semaine des matchs en direct, en différé ou encore des rediffusions.
Pour le fan, plus besoin de se déplacer au stade. Il peut rester au chaud chez lui dans son fauteuil à l'abri des intempéries. Il n'aura, par la même occasion, pas besoin de dépenser l'argent
pour le billet d'entrée. De plus, le spectateur se voit offrir une place de choix pour pouvoir analyser le match comme il le souhaite. A l'aide des nombreuses caméras qui bordent le terrain ainsi
que des ralentis, il pourra visionner les actions dans les meilleures conditions possibles.
Mais la télévision vide-t-elle les stades pour autant ? Même si elle permet au spectateur d'être au cœur de l'action, elle ne lui permet pas de sentir l'ambiance du stade, de pouvoir
communier avec les autres « aficionados ». Pour Gérard Derèze, il est impossible de répondre objectivement à cette question. Selon lui, aucune étude chiffrée ne montre de corrélation
incontestable[1]. En Belgique, par exemple, la fréquentation des stades a légèrement augmentée ces dernières années. Cette saison, il y a eu 206.971
spectateurs de plus dans les stades par rapport à la saison précédente. Néanmoins, on observe que les supporters se déplacent pour les grands matchs et préfèrent rester chez eux lorsque l'affiche
parait moins alléchante.
.
Conflit d'intérêt
Le sport et les médias n'ont pas les mêmes objectifs. Certains conflits peuvent naître suite à cette opposition de point de vue. D'un coté, il y a le journaliste qui a pour mission d'informer les
téléspectateurs. Et de l'autre, il y a les joueurs, les clubs ainsi que les fédérations. Leur but est de communiquer une image positive d'eux même afin de s'attirer des sponsors et du
public[2]. C'est pour cette raison que les associations sportives estiment que les journalistes doivent effectuer un travail de propagande afin d'améliorer
l'image de marque de leur sport. Cette publicité est néanmoins inconciliable avec le profession de journalisme. Celui-ci se doit d'apporter des informations objectives et de qualité. C'est pour
cette raison que des conflits éclatent, à l'image du mutisme dans la presse de certains joueurs de football après avoir découvert un article qui ne leur a pas plu.
Modification des épreuves
La télévision, de par son format, ses horaires et ses exigences, peut entraîner des modifications des règles du jeu et du déroulement des compétitions. Les instances dirigeantes du sport,
hautement médiatisés, sont contraintes de s'adapter malgré un risque de dénaturation de leur discipline.
Les modifications apportées aux règles du jeu sont multiples. En tennis, la règle du tie-break fait son apparition en 1971 afin de diminuer la longueur des matchs et de mieux contrôler leur
durée[3]. Dans le même ordre d'idées, le tennis de table a connu il y a quelques années une révolution de son règlement. Les sets sont passés de vingt-et-un
points à onze, le poids de la balle a été augmenté et la hauteur du filet a été rehaussée afin de rendre les échanges plus lents.
Les médias ont eu également la volonté de s'attaquer aux formats et aux horaires des compétitions. Pour les Jeux Olympiques de Pékin, les chaînes détentrices des droits de diffusion ont obtenu
satisfaction afin de postposer les finales de natation le matin malgré une opposition farouche de la part des professionnels de la discipline. Le football n'échappe pas non plus à la règle. La
plus grande épreuve continentale, la Champions League, a connu en 1994 une refonte complète du format de la compétition. Le système mis en place favorise les rencontres entre clubs prestigieux,
au détriment des petits pays.
Certains sportifs, à l'image de l'entraîneur français d'Arsenal, Arsène Wenger, sont assez pessimistes quant à l'évolution de leur discipline. « Avec les télés, le football ressemblera-t-il
à la variété? Un spectacle qui doit forcément être beau, bien vendu? Il se posera le problème de rendre le football plus attractif, plus vendeur. Plus vendeur, ça veut dire plus de buts. Et là,
il n'y a pas trente-six solutions. Les statistiques ont prouvé qu'agrandir les buts permettrait de marquer un but en plus tous les trois matchs et demi. C'est sans effet. Alors, il y a la
solution de jouer à dix. C'est envisageable, on n'y viendra peut être[4] »
La télévision condamne-t-elle certains sports ?
On a pu remarquer dans la partie sur les intérêts de la télévision que l'audience était essentielle pour la survie d'une chaîne. Pour cette raison, les sports peu ou pas porteur d'audience
sont condamnés a rester dans l'oubli. Dans l'espoir d'être diffusés certaines disciplines vont puiser dans leur portefeuille. « Les sports en recherche de notoriété médiatique sont prêts à
investir dans les retransmissions télévisées en vue d'une rentabilisation symbolique et commerciale à plus long terme. Certains se cassent les dents, tandis que d'autres tirent profit de cette
stratégie et effectuent un véritable saut dans la « classe des grands », en devenant, à leur tour, « porteurs d'audience » et donc « bénéficiaires » de droits de
retransmission. Le cas du basket, si nous l'observons sur les dix ou quinze dernières années, est révélateur de cette stratégie et de ce passage[5] ».
Il est également intéressant d'observer qu'il n'y a pas de corrélation entre la diffusion d'un sport et le nombre de licenciés dans cette discipline. Des sports tels que la natation ou le
judo sont peu diffusés sur nos antennes mais leur nombre d'affiliés est assez important. A contrario, les sports moteurs tel que la Formule 1 sont relativement télédiffusés et pourtant le nombre
de pratiquants est assez faible.
Conclusion
Le sport a lié son avenir à la télévision depuis bien longtemps. Avec la petite lucarne, on est passé du « sport - loisir » au « sport - spectacle ». Les aspects économiques ont
pris le pas sur les aspects purement sportifs.
Cette relation octroie à chacun des avantages très intéressants. Le sport apporte des téléspectateurs et de la publicité, tandis que les médias permettent la promotion de la discipline, et par la
même occasion attirent les sponsors.
La télévision va également largement financer le sport grâce aux droits de retransmission télévisée. Au fil des années, ce butin va augmenter et va être une des sources principales du
budget de certains clubs ou fédérations sportives. Cette manne financière va devenir tellement importante dans certains sports qu'elle leur permettra de survivre.
Bien que cette union à permis à certaines disciplines, à l'image du football, de se développer, on remarque que des inconvénients viennent entacher ce mariage. La course à l'audience a
amené les médias à modifier des épreuves sportives. Afin d'attirer un maximum de monde devant son écran, ils en sont venus à toucher au règlement, voir au format de quelques sports. L'exemple du
tennis de table qui a subi une refonte complète de son règlement est très interpellant mais il n'est pas le seul.
Un autre effet négatif de cette relation se situe au niveau des sports de « faibles écoutes » tel que le pentathlon moderne, l'haltérophilie ou la lutte gréco-romaine par exemple. Il
s'agit ici d'un effet pervers de la promotion du sport. Les disciplines ne figurant pas sur nos antennes se voient condamnés à rester dans l'oubli. De plus, ne bénéficiant pas de revenus émanant
des droits de retransmission, ces « petits sports » n'ont dés lors que peut de chance de se développer.
En conclusion, « si les intérêts du sport et de la télévision convergent pour quelques disciplines sportives (le football et le tennis notamment), ils peuvent aussi être contradictoires,
précisément au moment où une discipline aurait le plus besoin d'un soutient médiatique, c'est à dire lorsque ses effectifs et son audience régressent. C'est souvent le moment même où la
télévision s'en désintéresse[6] ».
[1] DEREZE G., op. cit., p.39
[2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., op. cit., p. 22
[3] DEREZE G., op. cit., p.36
[4] L'Équipe, 04-01-00.
[5] DEREZE G., op. cit., p.33
[6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.98
Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898662.htmlCréation du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (1/2)2008-05-26T11:34:03Z2008-05-26T08:02:00ZC.C.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Le Gouvernement de la Communauté française a adopté le 17 avril le projet de décret portant création du Conseil supérieur de l'éducation aux médias (CSEM) et assurant le développement
d'initiatives et de moyens particuliers en la matière en Communauté française.
Ce nouvel organe est amené à remplacer le Conseil de l'éducation aux médias (CEM). Ce dernier a fait son temps. De l'aveu même de son Président, Robert Wangermée, « le décret
devra développer les missions et renforcer les moyens d'action du Conseil (CEM) créé en 1995 par un arrêté du gouvernement pour donner des avis « sur toute question relative à
l'éducation aux médias, notamment sur la place à donner à ce nouveau domaine dans les programmes scolaires et sur les formations requises pour l'enseigner ».
En effet, selon les termes du communiqué du Cabinet de la Ministre de la Culture, de l'Audiovisuel et de la Jeunesse, Fadila Laanan, : « décoder une information avec un esprit
critique, déchiffrer un article de quotidien, décrypter un journal télévisé, saisir l'essence d'un film... constituent autant d'enjeux cruciaux, pour les jeunes comme pour les moins jeunes, dans
un monde où l'omniprésence des médias et de la publicité conditionne une part importante des représentations de chacun, dans un univers où des évolutions de plus en plus rapides bouleversent les
modes de consommation et les modes d'appropriation. L'exposition à la surabondance de l'offre médiatique est telle, aujourd'hui, qu'il serait illusoire de prétendre en contrôler les contenus. Il
appartient donc aux pouvoirs publics compétents de s'efforcer d'accompagner et de soutenir chacun dans ses confrontations quotidiennes, volontaires ou involontaires, importantes ou anodines,
directes ou indirectes, avec les différents médias ».
Le dossier a été suivi par l'Association des journalistes professionnels (AJP) et les Journaux francophones belges (JFB), Les deux institutions ont travaillé dès le début main dans la main
vis-à-vis des Cabinets de Fadila Lanaan et de Marie Arena (remplacée par Christian Dupont), Ministre de l'Enseignement obligatoire.
Le débat portait sur la structure du CSEM et son bon fonctionnement (Partie 1). Avant tout, il était crucial pour le deux fédérations de pérenniser des opérations en cours (Partie 2).
PARTIE I : Une structure organisationnelle efficace
Le futur Conseil supérieur de l'éducation aux médias (A) est construit autour d'un Président (B) et d'un Secrétariat (C).
A) Le Conseil supérieur de l'éducation aux médias
L'AJP et les JFB ont milité pour un Conseil aussi restreint possible. Il comprendra au final une trentaine de personnes. Dans la dernière mouture du projet de décret, l'AJP et les JFB ont chacun
un représentant au CSEM et nomment conjointement deux de ses membres, comme s'en félicite Martine Simonis, Secrétaire nationale de l'AJP. Comme le souligne de son côté Michel Siklosi des JFB, les
syndicats des enseignants ou les associations de parents sont également inclus, d'où une réelle ouverture à la société civile comparativement au CEM.
Il est donc composé, selon l'article 8 du projet de décret, de membres siégeant avec voix délibérative, désigné par le Gouvernement, de membres siégeant avec voix consultative et d'observateurs.
Parmi les membres à voix délibérative, il faut noter le Président et le Vice-président, désignés par le Gouvernement et justifiant d'une expérience dans le secteur des médias et dans le
secteur de l'enseignement ; Un membre issu du secteur du journalisme désigné sur proposition de l'Association des journalistes professionnels et justifiant d'une expérience dans le domaine des
médias et de l'éducation aux médias ; Un membre issu du secteur de la presse écrite quotidienne désigné sur proposition des Journaux francophones belges et justifiant d'une expérience dans le
domaine des médias et de l'éducation aux médias ; et deux membres issus du secteur de la presse écrite désigné sur proposition conjointe des Journaux francophones belges et de l'Association des
journalistes professionnels et justifiant d'une expérience dans le domaine des médias et de l'éducation aux médias.
L'article 4 du projet de décret donne au CSEM pour missions, en Communauté française, entre autres : de promouvoir l'éducation aux médias et de favoriser l'échange d'informations et la
coopération entre tous les acteurs et organismes concernés par l'éducation aux médias, notamment les secteurs des différents médias, l'enseignement obligatoire et l'éducation permanente ; de
formuler, d'initiative ou à la demande des avis en matière d'éducation aux médias; de stimuler et d'articuler entre eux les initiatives, actions, expériences, outils pédagogiques, recherches ou
évaluations susceptibles de promouvoir l'éducation aux médias et de garantir leur cohérence avec le décret missions et l'ensemble des normes en vigueur ; de développer de manière privilégiée
avec les Centres de ressources, des campagnes de sensibilisation relative à l'éducation aux médias à destination des publics scolaires et non scolaires et apporte son concours aux initiatives
menée en la matière; de favoriser et d'aider à l'intégration de l'éducation aux médias, de l'exploitation pédagogique des médias et des technologies de l'information et de la communication dans
les programmes d'éducation et de formation en vigueur.
Le CSEM propose également au Gouvernement d'octroyer à des initiatives, actions, expériences, outils pédagogiques, recherches ou évaluations une « Reconnaissance d'intérêt pédagogique en
éducation aux médias » (Art. 5).
Il se réunit en séance plénière au moins cinq fois par année civile sur convocation du Président. La convocation contient l'ordre du jour. Le Conseil supérieur ne délibère valablement et ne prend
des décisions qu'en présence de la majorité des membres. Pour des actions précises, des sous-commissions seront créées (Art. 10).
Il prend ses décisions au consensus et à défaut à la majorité des deux tiers sur l'ensemble des membres siégeant avec voix délibérative présents. Si le quorum de présence n'est pas atteint, le
Président convoque dans les quinze jours ouvrables une nouvelle réunion qui délibère alors à la majorité absolue des membres siégeant avec voie délibérative présents.
Enfin, le Conseil approuve annuellement les comptes et la gestion du Secrétariat.
B) Le Président
Le Président, avec le Vice-président, est chargé de la bonne marche du Conseil supérieur. Il est désigné par le Gouvernement de la Communauté française parmi les personnes justifiant d'une
expérience dans le secteur des médias et dans le secteur de l'enseignement (Art. 9). Son mandat est de quatre ans, renouvelable une fois.
Il assure la représentation du Conseil supérieur aux plans communautaire, national et international (Art. 11).
Il a été répondu à la question : De quels pouvoirs le Président va-t-il disposer ? Mais un autre point important, non réglé par le projet de décret, est le suivant : Quel doit être
le profil du Président ? Pour l'AJP et les JFB, il doit impérativement s'agir de quelqu'un qui connaît le milieu des médias et de l'enseignement, qui soit le moins politisé possible, de très
dynamique, qui soit le plus diplomate possible et qui puisse résister à des décisions du ministre si besoin est.
C) Le Secrétariat
De l'avis de l'AJP et des JFB, le CEM ne marche plus maintenant, car il existe des blocages importants à cause du flou structurel. Ils ont fait pression pour qu'il n'y ait pas un Secrétariat
puissant. Il avait trop d'importance dans l'avant-projet de décret et la représentation démocratique n'était que consultée. L'aspect bureaucratique y était encore trop fort. Le Secrétariat du
Conseil a été revu.
Le Conseil se réunit, prend les décisions. Mais il importe, pour travailler plus efficacement, que le Secrétariat puisse parfois prendre des décisions plus rapidement et lancer des actions, en
les faisant avaliser plus tard par le Conseil. Ce qui est rendu possible par le projet de décret. Le Secrétariat fonctionne comme un exécutif, Le Conseil, lui, comme un Parlement.
Le Secrétariat du Conseil supérieur est dirigé par le Secrétaire, sous l'autorité du Président. Il est attaché administrativement au Ministère de la Communauté française, sous l'autorité du
Secrétaire général (Art. 14).
Il est désigné par le Ministre qui a l'éducation dans ses attributions parmi les personnes justifiant d'une expérience dans les domaines pédagogiques et de l'éducation aux médias.
De plus, au moins deux chargés de mission supplémentaires sont affectés au Secrétariat. Ils sont respectivement détachés des niveaux d'enseignement fondamental et secondaire. Ils sont chargés,
sous la responsabilité du Président et du Secrétaire, de la mise en oeuvre des missions dévolues au Conseil supérieur et au Secrétariat.
L'article 15 donne au Secrétariat pour missions : d'organiser, en collaboration avec chaque Centre de ressources en éducation aux médias en Communauté française, les activités et travaux du
Conseil supérieur pour chacune de ses missions ; de préparer les séances du Conseil supérieur et d'en assurer le secrétariat ; d'exécuter, en collaboration avec chaque Centre de
ressources en éducation aux médias en Communauté française, les décisions du Conseil supérieur ; de prendre tous les contacts utiles avec les différentes autorités et administrations
nécessaires à l'accomplissement des missions du Conseil supérieur et des siennes ; et d'assurer la publicité des activités et travaux du Conseil supérieur, notamment par le biais de la gestion de
son site Internet, et de veiller à la bonne information des publics scolaires et non scolaires en matière d'éducation aux médias.
Entre deux séances du Conseil supérieur, le Secrétariat prend, sous l'autorité du Président et en collaboration avec chaque Centre de ressources en éducation aux médias en Communauté française,
toute disposition utile en lien avec les missions dévolues au Conseil supérieur. (Art.16)
Selon l'article 17, les crédits pour un montant annuel minimal de 88 000 € sont consacrés au financement du Conseil supérieur. Ils comprennent les frais de fonctionnement du Conseil supérieur et
du Secrétariat, en ce compris les frais afférents à d'éventuels recours à des services extérieurs ou d'expertise et aux éventuels jetons de présence et indemnités de parcours.
Par ailleurs, les articles 20 à 25 du projet de décret visent les centres de ressources en éducation aux médias en Communauté française.
Tous les cinq ans, le Gouvernement de la Communauté française reconnaît, après avis du Conseil supérieur, au maximum trois Centres de ressources en éducation aux médias en Communauté française,
pour une durée de cinq années renouvelable.
Pour un premier cycle de cinq ans débutant au 1er janvier 2008, trois organismes sont reconnus comme Centres de ressources en éducation aux médias en Communauté française, à savoir l'association
sans but lucratif « Média Animation », l'association sans but lucratif « Centre audiovisuel Liège » et le « Centre d'autoformation et de formation continuée de l'enseignement organisé par la
Communauté française de Belgique ».
L'article 21 énonce les critères qui doivent être remplis par un organisme ou une association, public ou privé pour être reconnu comme Centre de ressources. Le représentant de chaque Centre de
ressources au sein du Conseil supérieur informe celui-ci des activités et des travaux menés par le Centre de ressources qu'il représente.
Chaque Centre de ressources accomplit les missions qui lui sont assignées par l'article 23.
Enfin, un ou plusieurs chargés de mission peuvent être affectés à chaque Centre de ressources. Des ressources humaines vont donc être données sous la forme d'enseignants détachés dans les centres
de ressources.
Partie 1 - Partie 2
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898719.htmlCréation du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (2/2)2008-05-26T11:33:35Z2008-05-26T08:01:00ZC.C.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
PARTIE II : La pérennisation des opérations préexistantes
L'AJP et les JFB étaient également préoccupés par la pérennisation de leurs actions en matière d'éducation aux médias, à savoir respectivement "Journalistes en classe" (B) et "Ouvrir mon
quotidien" (A).
A) "Ouvrir mon quotidien"
L'opération "Ouvrir mon quotidien" est menée par les JFB.
Les objectifs d'une telle opération sont évidemment multiples mais il importe d'en mettre plus particulièrement deux en exergue.
Le premier objectif s'inscrit dans la perspective d'une éducation à la citoyenneté active et du développement de l'esprit critique des élèves. Recevoir et consulter chaque jour
plusieurs quotidiens différents aide à aiguiser la curiosité des élèves, à les ouvrir sur le monde, proche ou lointain, et à les mettre en contact avec l'actualité. Cela permet également de
comparer de manière précise les informations proposées, la façon de les traiter et de les représenter. Il s'agit là assurément d'une facette importante de l'éducation aux médias, elle-même
composante indispensable d'une éducation citoyenne globale.
Le deuxième objectif rencontre la nécessité d'accorder la priorité aux apprentissages de base, socles des acquisitions ultérieures, et tout particulièrement à la
lecture. Les journaux proposent des écrits diversifiés autant dans la variété des sujets traités que dans la façon de les aborder. Ils constituent donc autant de supports à partir desquels les
compétences relatives à la lecture et à la compréhension des textes pourront être développées.
Le projet de décret, dans son article 26, indique que chaque année est organisée en Communauté
française une initiative d'éducation aux médias portant sur la presse quotidienne et à l'achat par la Communauté française au maximum à la moitié de leur prix de vente au détail, de journaux
quotidiens mis gratuitement à disposition des établissements scolaires de l'enseignement fondamental et secondaire, ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté
française, des services d'accrochage scolaires, des centres d'aide en milieu ouvert, des écoles de devoirs, des centres d'alphabétisation, des bibliothèques publiques ainsi que des associations
d'éducation permanente actives dans le domaine de l'éducation aux médias en Communauté française.
Le même article indique que le Gouvernement désigne, après avis du Conseil Supérieur, pour une période de cinq ans renouvelable, un opérateur chargé de mettre en oeuvre l'initiative. Il donne
aussi les critères auxquels l'opérateur doit répondre, et fixe à un montant annuel minimal de 515 000 € les crédits consacrés à l'initiative.
B) Journalistes en classe
Lancée et coordonnée par l'AJP, l'opération "Journalistes en classe" a pour objectif de permettre à des journalistes professionnels (presse écrite et audiovisuelle) de présenter activement leur
métier en classe, à la demande des enseignants, et d'accompagner par leur témoignage les projets d'éducation aux médias.
Pour toucher un public le plus large possible, l'opération s'adresse aux classes de 5ème et 6ème primaire (en partenariat avec l'opération "Ouvrir mon quotidien"), ainsi qu'aux étudiants du
secondaire et du supérieur, tous réseaux confondus. Elle bénéficie du soutien de la Ministre en charge de l'enseignement en Communauté française et est développée en concertation avec le CEM.
L'élargissement de l'opération "Ouvrir mon quotidien" à l'enseignement secondaire dès la rentrée 2006 a montré combien il est important de faire des élèves, des jeunes citoyens éclairés et
éduqués au décodage des médias plus que présents dans notre société.
La rencontre avec les journalistes, assurée par l'opération "Journaliste en Classe", apporte une dimension supplémentaire à ce nouvel élan d'éducation aux médias.
Les intervenants sont tous des journalistes professionnels agréés et membres de l'AJP, salariés ou indépendants. L'effectif de volontaires comporte des représentants de tous les types de médias
(presse écrite, parlée, audiovisuelle, en ligne), couvrant la plupart des activités de la profession (rédacteur, journaliste-présentateur, photographe, secrétaire de rédaction, cameraman, chef
d'édition, etc.) et des matières rédactionnelles.
Plutôt que de proposer une animation standard et donc forcément lacunaire, il est apparu préférable de s'adapter aux demandes des enseignants. Celles-ci peuvent notamment porter sur une
initiation au monde des médias, l'approche du métier de journaliste ou d'une de ses facettes, l'approfondissement d'un sujet d'actualité et/ou l'aide à la réalisation d'un média scolaire.
Chaque année, les professeurs inscrits reçoivent avant le début de l'opération un matériel pédagogique d'éducation au média " presse quotidienne ", à savoir: le Dossier pédagogique (1 par
professeur) et le Journal de bord (1 par élève et 1 par professeur). Outre ces matériels pédagogiques, des formations à destination des professeurs (de la 4ème à la 6ème primaire) sont organisées
par les trois Centres de ressources en éducation aux médias : Média Animation pour le réseau libre, le Centre d'Autoformation et de Formation continuée pour le réseau de la Communauté française
et le Centre Audiovisuel Liège pour le réseau officiel subventionné.
Concernant l'implication de l'AJP dans les négociations liées à la rédaction du projet de décret, Martine Simonis explique qu'« au sein du CSEM, les enjeux principaux étaient de pérenniser
les montants et l'action "Journalistes en classe". Il s'agit d'une action à long terme, nous le faisons car nous sommes convaincus que doit travailler dans ce domaine là aussi. Mais l'AJP est
avant tout là pour rendre des services à ses membres. Il faut cependant travailler sur les consommateurs de médias de demain ».
Le projet de décret, dans son article 27, indique que chaque année est organisée en Communauté française une initiative d'éducation aux médias portant sur la visite gratuite de journalistes
professionnels au sein des établissements scolaires de l'enseignement fondamental et secondaire, ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté française, des services
d'accrochage scolaire, des centres d'aide en milieu ouvert, des écoles de devoirs et des centres d'alphabétisation en Communauté française.
Le même article indique que le Gouvernement désigne, après avis du Conseil Supérieur, pour une période de cinq ans renouvelable, un opérateur chargé de mettre en oeuvre l'initiative. Il donne
aussi les critères auxquels l'opérateur doit répondre, et fixe à un montant annuel minimal de 99 000 € les crédits consacrés à l'initiative.
En outre, le projet de décret pérennise l'opération "Ecran Large sur Tableau noir" de l'asbl Les Grignoux, en attribuant un budget de 150 000 € chaque année pour l'organisation d'une
initiative culturelle d'éducation aux médias portant sur la programmation à prix réduits de films dans des salles de cinéma à destination des élèves des établissements scolaires de l'enseignement
fondamental et secondaire ordinaires et spécialisés, organisés ou subventionnés par la Communauté française et à la réalisation d'outils pédagogiques destinés à accompagner ces films (Art. 28).
Il ouvre aussi la possibilité pour d'autres d'interventions en matière d'éducation aux médias. 20 000 € supplémentaires sont ainsi prévus à l'article 29 pour l'organisation annuelle en
Communauté française d'une initiative d'éducation aux médias portant sur le soutien de projets scolaires locaux d'éducation aux médias organisés à destination des élèves de l'enseignement
fondamental et de l'enseignement secondaire par un ou plusieurs établissements scolaires en Communauté française. Une campagne sur la publicité dans les médias est d'ores et déjà en projet sur ce
fondement.
CONCLUSION
« Nous n'avons pas obtenu tout ce que nous souhaitions la première fois. Nous avons fait du lobbying. Comme cela n'a pas marché par le PS, alors nous sommes passés par le
CDH », a déclaré Martine Simonis. « Si le texte ne plaît pas aux opérateurs de terrain, à savoir les Centres de ressources, l'AJP et les JFB, cela ne va pas
marcher. »
Mais les améliorations voulues ont été apportées. L'Association des journalistes professionnels et les Journaux francophones belges sont satisfaits de leur travail commun dans l'élaboration du
projet de décret qui porte le Conseil Supérieur de l'éducation aux médias sur les fonds baptismaux. Ce nouvel organisme sera doté d'une structure mieux opérationnelle par rapport à l'ancien
Conseil de l'éducation aux médias et pérennisera le financement de leurs actions.
Le Porte-parole de la Ministre Fadila Lanaan, Pascal Sac, a confirmé que le projet de décret doit passer en principe en commission parlementaire Culture, Culture, Jeunesse, Audiovisuel, Aide à la
Presse et Cinéma le 3 juin, au plus tard le 17 juin. Et ce, malgré des amendements survenus suite à des remarques techniques et juridiques du Conseil d'Etat et un délai de deux semaines, dû à une
erreur dans le transmis du document au Parlement. Le texte devrait alors passer très rapidement devant la plénière normale et être définitivement adopté avant l'été.
Puis, des arrêtés d'application devraient être pris par le Gouvernement de la Communauté française pour régler les points techniques. Le texte devrait enfin entrer en vigueur à partir de janvier
2009.
Ainsi s'achèvera le processus législatif d'adoption du décret instaurant le CSEM qui, comme l'a appelé de ses vœux Robert Wangermée, « marquera sans nul doute une importante avancée dans
l'éducation aux médias ; elle mettra la Communauté française à l'avant-garde des réalisations européennes dans ce domaine ».
Partie 1 - Partie 2
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693035.htmlBye bye Belgium, quand la fiction dépasse la réalité (1/3)2008-05-19T12:05:25Z2008-05-19T11:40:00ZE.J.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Entre immédiateté et médiation, l’ambiguïté de la nouvelle
Treize décembre 2006. Il est 20 h 21. La programmation prévue sur la Une est interrompue par une émission spéciale. La Flandre vient de faire sécession, la Belgique est aux
abois, le roi est parti au Congo. Docu-fiction pour les uns, canular pour les autres, l’événement a fait couler beaucoup d’encre et de salive, dans le plat pays comme ailleurs. Pour ne pas
sombrer dans les profondeurs d’une analyse socio-psychanalytique qui se voudrait pédante et exhaustive, un seul aspect de l’émission sera traité. Il tient en une seule phrase : « La Belgique est
morte ». Cette nouvelle a fait frissonner les Belges.
Affichée sur un bandeau à l’écran au bout d’une demi-heure de diffusion, l’affirmation « Ceci est une fiction » était destinée à rassurer le téléspectateur tremblant dans son salon. Elle arrivait
après plusieurs indices, égrenés subtilement au fil de la diffusion. Avant que le générique ne commence est apparue la phrase « Ceci n’est peut-être pas une fiction », en référence à René
Magritte et son fameux « Ceci n’est pas une pipe ». Un autre symbole du surréalisme belge, La Dame au cochon / Pornocrates de Félicien Rops, s’est vu affiché dès le début de l’émission,
dans le coin en bas à gauche de l’écran. Au cours de la diffusion, la phrase « Ceci n’est peut-être pas une fiction » est réapparue sous forme de messages en sous-titre. Un numéro de téléphone a
été donné au téléspectateur pour lui permettre de réagir à « l’information ». Un message enregistré sur répondeur révélait la fiction à toute personne paniquée au bout du fil.
Malgré cette multitude d’indices explicites, sans compter les invraisemblances contenues dans les images diffusées, une majorité des téléspectateurs n’ont pas perçu que l’information délivrée
était une fiction. Six pour cent d’entre eux y auraient même cru jusqu’au bout. Le Collège d’autorisation et de contrôle (CAC) du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a estimé que l’émission
n’a pas été présentée de manière claire comme étant de la fiction et que les mesures nécessaires pour empêcher la confusion n’ont pas été prises. Mais le message contenu dans cette fiction
n’était-il pas porteur d’une information ? La technique utilisée était identique à celle d’un flash ordinaire : un présentateur, des envoyés spéciaux sur le terrain en direct, des reportages. Le
téléspectateur « vivait » l’action alors qu’elle se déroulait. La fenêtre sur le monde s’ouvrait sur la Belgique en crise par le biais d’un hybride télévisuel. Cet « ovni médiatique », pour
reprendre l’expression de Béatrice Delvaux, pourrait peut-être faire des émules. La rédactrice en chef du Soir a déclaré qu’il était devenu « impératif d’explorer des voies nouvelles
pour capter l’attention. » La fiction pourrait-elle devenir le nouveau moyen d’informer ? Il importerait de définir la nature de la nouvelle, spécialement transmise par la télévision. L’examen du
cas extrême du docu-fiction pourrait offrir un angle nouveau d’approche concernant l’information traitée par ce formidable outil audiovisuel qu’est le petit écran.
Un journaliste dit : « Celui qu’on informe est libre, puisque ce qui est absent est mis à sa disposition par la télévision ».
Un apprenti journaliste lui répond : « Je ne suis pas libre puisqu’au lieu de la chose même, je n’ai droit qu’à son prédicat transmis par l’émission de télévision. »
Dans le cas de l’émission Bye bye Belgium, le téléspectateur est sensé exercer son jugement critique, comme face à n’importe quel média. Il est libre d’éteindre la télévision comme
de prendre en compte ce qui lui est transmis, d’autant plus s’il s’agit de faits réels. Quand considère-t-on que l’information a rempli sa fonction ? Quand celui qu’elle informe se voit fournir
indirectement, c’est-à-dire sans aucune expérience propre et en se fondant seulement sur une perception qui supplée la sienne, un renseignement sur ce qui est absent. C’est un bonheur de suivre
le déroulement d’une manifestation d’étudiants, loin de la cohue et des matraques. Pour garantir la réception d’une nouvelle, entendue comme « ce qu’il y a de neuf », une relation de confiance
entre un média et son public est nécessaire. Martine Simonis, de l’Association des journalistes professionnels (AJP) a affirmé que la technique du docu-fiction employée par la RTBF avait remis en
question la crédibilité de l’information et l’indispensable confiance à l’égard du travail journalistique. Sans ce sérieux, nécessaire à l’information, le travail du journaliste perdrait toute
valeur. La création d’un conseil de déontologie permettrait de contrôler et d’évaluer les risques pour l’information en général créés par ce genre d’émission. Il permettrait, entre autre, de
définir un peu mieux ce qu’est « une nouvelle ».
Lors de l’émission Bye bye Belgium, il était question, comme dans n’importe quel reportage télévisé, de représenter ce qui n’était pas ici, c’est-à-dire ce qui n’était pas
dans le salon du téléspectateur. Les reportages montraient ce qui était là-bas, c’est-à-dire dans la rue, devant le Palais Royal, etc., à quelqu’un qui n’était pas là-bas
justement. Dans la vie de tous les jours, quand quelqu’un montre du doigt un objet là-bas, il le rend présent à son ami ici dans le but que celui-ci en face une expérience
directe. Mais cette possibilité d’une saisie effective ne semble pas offerte à celui qu’on informe : la nouvelle, qu’elle soit vraie ou fausse, ne l’amène pas à l’objet et l’objet non plus n’est
pas amené. C’est tout bêtement le principe du média en tant qu’intermédiaire : le journaliste a pour rôle de filtrer l’infinité d’informations possibles. La base de son travail est de définir une
hiérarchie, avec idéalement une indépendance totale de jugement, politique comme économique.
La télévision offre tout de même une possibilité de saisie de l’objet. Les téléspectateurs ont vu François De Brigode leur parler, comme d’habitude. Il leur a été rendu présent sans pour
autant que celui-ci soit assis dans leur salon. Quelque chose a bien été rendu présent lors des reportages de Bye bye Belgium puisqu’il s’agissait d’une émission de télévision conçue sur
le modèle d’un journal télévisé classique. Cette chose transmise n’est pas l’événement lui-même, c’est-à-dire la totalité des manifestations ou le voyage du roi du Palais Royal au Congo, mais
quelque chose qui concerne l’événement en train de se dérouler. Comment nomme-t-on ce qui est transmis par le média, ce qui est « fait » à partir de l’événement ? Un fait justement ! A la
différence de l’événement initial, le fait est bien plus avantageux : il est mobile et transmissible. La nouvelle qui médiatise le fait met son destinataire en demeure de se comporter comme si
l’objet était présent, c’est-à-dire d’en tenir compte et de l’inclure dans ses dispositions pratiques au quotidien. La météo m’informe si je vais devoir prendre mon parapluie. La raison d’être de
la nouvelle consiste précisément à donner à son destinataire la possibilité de s’orienter par rapport à l’objet absent, à savoir le temps prochain pour la météo. En d’autres termes, le
docu-fiction a transmis la nouvelle que la Belgique était morte. Sa raison d’être était de donner l’occasion au téléspectateur de s’orienter par rapport à cette nouvelle, comme lors d’un journal
télévisé normal. Philippe Dutilleul, concepteur de l’émission, a indiqué que son objectif était avant tout de provoquer le débat et secouer les gens. Le destinataire de la nouvelle a reçu quelque
chose de l’événement, ici purement inventé : « La mort de la Belgique ». Ce quelque chose a été détaché de l’événement, travaillé et préparé pour lui : c’est le travail du journaliste de
télévision qui a soigneusement sélectionné des invités et des événements pour informer le téléspectateur.
La tâche du journaliste est d’extraire l’information à partir de sa perception d’un événement ou d’un sujet : il sélectionne un « prédicat ». Ce terme logique signifie « ce qui est détaché
» d’un sujet. Le prédicat est, pour le téléspectateur, ce qu’il reçoit. C’est un produit fini, élaboré par les journalistes de télévision, avec les techniques de fabrications enseignées à
l’Institut de Journalisme comme a priori dans n’importe quelle école de journalisme. Ce produit fini que remet la nouvelle à son destinataire, c’est le « fait » séparé de l’objet auquel il se
rapporte. C’est tout simplement « la Belgique est morte » dans le cas de Bye bye Belgium. L’art de trancher entre le « fait » et l’objet est réservé au journaliste. La nouvelle
peut être divisée en deux parties : S (le sujet : « la Belgique ») et p (le prédicat : « morte »). Au lieu de prendre connaissance du sujet « la Belgique » et de son état réel, en allant lui-même
sur le terrain, le téléspectateur prend connaissance d’un fait composé de deux parties, fictif pour notre exemple : « la Belgique est morte ». En recevant la nouvelle, le téléspectateur
reçoit ce qui est important dans l’objet (ce qui s’en « détache ») comme un fragment déjà détaché, isolé, préparé et transformé en prédicat, comme un produit fini du discours, sans être obligé de
s’encombrer de ce qui a moins d’importance. Il est soulagé et libéré d’un travail qu’il n’a plus à accomplir lui-même : pas besoin d’aller au Palais Royal pour se renseigner soi-même à
propos de la Belgique, les journalistes l’ont fait à sa place et sont payés pour effectuer cette tâche.
D’un autre côté, la nouvelle peut être vue non plus comme une libération mais comme une privation de liberté pour la même raison qu’elle est un instrument de liberté :
elle n’offre pas ce qui est absent mais quelque chose sur ce qui est absent. La nouvelle n’offre qu’une partie de l’objet absent. Elle renonce au sujet et ne conserve que le prédicat,
résultat d’un travail. Pour notre exemple, le journaliste a extrait de ce qu’il expérimente de la mort fictive de la Belgique que celle-ci est morte. Il oriente le téléspectateur sur son
choix avant que celui-ci ait pu se faire une opinion. Pour celui qui reçoit la nouvelle, le prédicat n’est pas englobé dans le sujet. C’est le sujet qui s’épuise dans son prédicat, l’objet
lui-même est occulté par le contenu de la nouvelle : la Belgique passe en arrière plan du fait qu’elle est morte, unique information livrée à domicile. Le téléspectateur est forcé
d’adopter la perspective déterminée du prédicat. Il n’a pas a exercé son jugement puisque le journaliste l’a fait à sa place. La Belgique n’est pas « peut-être » morte. Elle est morte.
Mon ami François que j’écoute depuis des années chaque soir me l’a dit. D’où l’importance à la fois d’un sens professionnel aigu des journalistes comme de la confiance du public …
Partie 2 - Partie 3
http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693081.htmlBye bye Belgium, quand la fiction dépasse la réalité (2/3)2008-05-19T12:00:59Z2008-05-19T11:39:00ZE.J.http://www.over-blog.com/profil/blogueur-104589.html
Le journaliste dit ensuite : « C’est à prendre ou à laisser. Ou bien tu acceptes de n’apprendre qu’une partie du fait auquel tu n’as pas assisté, de n’apprendre ce à quoi tu n’as pas assisté
qu’à travers un produit fini déjà filtré, déjà jugé, ou bien tu n’apprendras rien. »
L’apprenti journaliste reste silencieux, réfléchit un instant et répond : « Et si c’est une fiction ? »
Habituellement, la différence entre une expérience immédiate et une expérience médiatisée est évidente. Un lecteur assidu de presse écrite sait qu’il vit dans l’horizon d’une expérience
médiatisée lorsqu’il lit son journal. Il fait immédiatement l’expérience de quelque chose de médiatisé. L’information lui est fournie indirectement. Un article du
Vif/L’Express sur la fin de la Belgique n’est pas l’état de la Belgique elle-même, il est le fruit d’une semaine de travail journalistique : compilation de données factuelles
précises, sources directes, recoupées, variées et nuancées. L’ambiguïté de l’émission de télévision, cristallisée par Bye bye Belgium, réside dans le fait que par principe, le
téléspectateur, destinataire des émissions, est placé dans une situation où la différence entre vivre un événement et en être informé, entre l’immédiateté et la médiation, est effacée. Ceci
explique la nécessité d’afficher la mention « en direct » lorsque c’est le cas . Même s’il sait que c’est en direct, le téléspectateur ne sait pas clairement s’il se tient devant
un objet (l’état fictionnel de la Belgique, retranscrite par les manifestations, les politiques présents, Axelle Red qui a peur pour son enfant, etc.) ou devant un fait (« la Belgique
est morte »).
La caractéristique d’un fait, à la différence d’un objet, est sa mobilité. Le journaliste ne peut pas transporter une maison qui brûle, mais il peut apporter au téléspectateur la nouvelle
qu’elle brûle et la lui communiquer. Cela paraît encore plus évident avec l’exemple de la mort fictive de la Belgique : il ne peut pas apporter tous les témoins, les politiques ou même le roi
dans le salon du téléspectateur. Il apporte uniquement un jugement né d’un constat : les témoins, les politiques ont, entre autres, dit ceci ou cela d’important. Le journaliste ne produit pas les
faits en fonction de sa propre opinion, il ne veut pas changer le monde, il joue simplement le rôle de transmetteur. Or, dans l’émission Bye bye Belgium, c’est le fait « la Belgique morte »
lui-même qui est apporté au téléspectateur : il ne voit pas le jugement, la décision à la base de la réalisation de l’émission et des reportages. Il ne voit pas le fait que ce soit le produit
d’un travail technique, il voit la Belgique morte et on lui montre que c’est « vrai ». La phrase « la Belgique est morte » est devenue, dans la tête du téléspectateur « c’est la mort de
la Belgique ». De la même manière avec François De Brigode, le téléspectateur ne voit pas le fait qu’il parle, il voit que c’est le présentateur du journal. Sans être dans son salon, il l’est
quand même et le devient par l’émission de télévision. En témoigne l’essor incroyable des émissions « people ». Elles donnent l’impression de faire connaître les stars, elles les amènent chez les
téléspectateurs qui finissent par les appeler par leurs prénoms, alors que ce ne sont que des fantômes.
La mobilité, propriété du fait, semble pouvoir s’étendre aux objets eux-mêmes. Ce que le téléspectateur voit dans Bye bye Belgium, ce n’est pas juste le fait d’exposer un événement, même
mis sous forme de question, qui ferait appel à son jugement. Il est mis en présence directe avec un fait qui fait appel à sa sensibilité. Lorsque Jean-Paul Philippot, administrateur général
de la chaîne, a présenté ses excuses aux personnes choquées, il a déclaré : « Nous n’avions pas l’intention de créer une telle émotion mais plutôt d’aborder une vraie question, qui préoccupe les
citoyens dans leur attachement à la Belgique ». Or, si l’angle choisi dès le départ était celui de cibler un « attachement », comment parvenir à attirer l’attention du téléspectateur autrement
qu’en visant sa sensibilité et son affect ? N’est-il plus possible de parler de politique dans les médias sans que l’intellect du téléspectateur ne soit à aucun moment visé ? Il paraît que dans
la presse écrite, ce serait encore possible, mais plus pour longtemps.
La fin de la Belgique est un sujet émouvant pour les Belges. L’émotion est plus facile à faire passer en quelques secondes de reportage que le résumé de la note de Guy Verhofstadt. La
politique paraît être le terrain où l’émotion se fait rare. L’exemple du passage d’un homme politique à la télévision pourrait peut-être montrer que l’émission laisse tout de même un espace
critique au téléspectateur, en dehors de toute sensibilité. Didier Reynders aurait souhaité que de fortes sanctions soient prises à l’encontre de la RTBF. Selon le président du Mouvement
Réformateur, en l’absence d’action du gouvernement de la communauté française à l’encontre de la chaîne publique, persisterait l’idée qu’on puisse désormais tout se permettre et que le discours
politique serait vidé de son sens. Lorsque Didier Reynders passe à la télévision, il cherche à se montrer sous son meilleur jour, comme une personnalité agréable et il trouve ça tout à fait
normal. L’exemple marcherait aussi bien avec Filip Dewinter ou Elio Di Rupo qui veulent tous séduire les électeurs. Il faut qu’ils aient une bonne opinion d’eux avant de juger ensuite de leurs
propositions politiques. Pour éviter toute présomption de parti pris, l’homme politique moyen sera dénommé monsieur S.
Lorsque monsieur S. est invité à une émission, il cherche à faire passer au premier plan ces plus beaux atouts afin de faire oublier qu’il peut avoir des défauts. Ce qui apparaît à l’écran, même
si cela semble apparemment représenter monsieur S. dans son entier, n’est que ce qu’il prétend être, c’est-à-dire une personne plaisante. Monsieur S. est exclusivement plaisant : le prédicat
prend la place du sujet. Concrètement, lorsqu’un politique passe à la télévision, si le journaliste ne parvient pas à le déstabiliser, alors le téléspectateur n’y verra que du feu. Si le
journaliste n’a pas une solide préparation en amont de la réalisation de son interview, s’il n’a pas assez de temps, alors il n’est pas en mesure d’engager un dialogue avec le politique, en train
de lui parler selon les consignes de ses chargés de communication. La solution est bien sûr de seulement chercher à faire « de l’effet ». Le but est de séduire les « Madame Bovary » qui regardent
la télévision, en quête de rêve. Audience garantie.
Il est peut-être des moments où le téléspectateur a raison de ne plus voir que le prédicat. Il n’est pas rare que le quiproquo entretenu entre sujet et prédicat devienne réalité. Il n’est pas
rare que monsieur S. finisse par se transformer en son propre prédicat, qu’il se réduise à ce prédicat qu’il a lui-même voulu mettre en avant. Il est même possible qu’il ne puisse plus être autre
chose que ce prédicat et que condamné à être ce prédicat, il court ça et là en affichant un sourire professionnel même dans sa vie privée. Cela finit par atteindre le journaliste lui-même. En
témoigne les personnes qui veulent devenir journaliste pour passer à la télévision, à la différence d’autres qui passent à la télévision parce qu’ils sont journalistes. Les
mensonges peuvent parfois devenir vrais, surtout si le but est de trouver du travail facilement.
La présentation du politique accomplit la même chose que la nouvelle concernant la mort de la Belgique. L’émission a bien provoqué le débat et mis au jour des tensions politiques accumulées sur
plusieurs décennies. La différence est que le politique, lui, est réel. Lorsque monsieur S. n’est plus qu’une personne plaisante, un joyeux drille qui aime boire quelques verres par exemple, il a
réussi ce qu’il voulait faire : faire oublier qu’il n’est pas que plaisant. La nouvelle qui présente le politique fait croire au téléspectateur qu’il le connaît. « Monsieur S. ? Ah oui ! Je l’ai
vu à A vous de juger, chez Chabot. Il a bien parlé, c’est un type plaisant. » Ce n’est pas pour rien qu’une cohorte ministérielle s’est forcée à jouer la troisième mi-temps avec les
supporters du Standard devant les caméras.
Dans le cadre de Bye bye Belgium, la fiction devient la réalité. Le jugement à la source de l’émission, qui peut tout à fait être défendable, s’est vu transformé en images. Or,
cette transformation technique a fait que le jugement a renoncé à sa forme initiale : il n’est plus qu’une série de faits, assimilés comme étant les objets eux-mêmes. Ils se présentent
naturellement comme « objectifs », principe qui fait croire au consommateur de produits finis, d’images, qu’on ne veut rien lui faire croire. Habituellement, la nouvelle succède au fait qu’elle
annonce et s’oriente sur lui. Pour Bye bye Belgium, comme pour l’homme politique plaisant c’est l’inverse. Le fait s’oriente sur la nouvelle. Le primat est accordé à la proposition, fictive, que
l’équipe de journalistes veut faire passer : « la Belgique est morte ». C’est seulement après que viennent les images qui confirment la proposition, qui devient pour le téléspectateur :
« c’est la mort de la Belgique ». Dans le cas de monsieur S., il veut faire passer le message « monsieur S. est plaisant ». L’image reçue par le téléspectateur lui fait dire « c’est un monsieur
S. plaisant ». D’où l’idée que les médias peuvent faire ou défaire un homme politique.
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