Après les journalistes, les philosophes, les psychanalystes, c’est au tour d’un ancien acteur de la scène politique française de sortir du bois. Pour se plier à l’énième même exercice : une critique du Président français. « Ca va mal finir », de François Léotard, sorti en mars, vient gonfler les rangs des ouvrages consacrés à Sarkozy. Extraits.
Un sujet de conversation…
Selon l’écrivain C. Salmon, la France, en mai 2007, a élu « un sujet de conversation ». Difficile de lui donner tort. Le président français a ses détracteurs et ses partisans. Et chacun y va de ses arguments et contre-arguments. Tout le monde a un avis sur le bonhomme. Et il n’est pas nécessaire d’être Français pour autant. L’homme est haï, adoré, détesté, admiré. Bref, Sarko fascine. Certains vont même jusqu’à parler d’obsession et pour le coup, écrivent un livre. C’est le cas de Serge Heffez, avec son ouvrage « La Sarkose obsessionnelle ».
Sans pour autant être atteint de « sarkose obsessionnelle », Léotard remet les pendules à l’heure dans un ouvrage qui se veut critique par rapport à la politique du Président français. Le titre, ô combien évocateur, est complété par une phrase, en quatrième de couverture ; «J’ai voté Nicolas Sarkozy mais je dors mal depuis».
Exercice d’insubordination
Le but de l’ouvrage est d’abord celui-ci : jouer à l’indiscipliné, au désobéissant, marquer la distance avec le « système Sarko » pour mieux le critiquer. Distribution de points, bons et mauvais, chronique et critique personnelles des évènements passés depuis l’accession au pouvoir de Sarkozy.
Entre 1993 et 1995, les deux hommes se sont beaucoup côtoyés. Et pour cause : ils furent membres du gouvernement Balladur, Sarkozy au Budget et Léotard à la Défense. «Je connaissais
l’homme», écrit Léotard, «Il m’avait apprécié, c’était mauvais signe», poursuit-il. Et l’euphorie du premier soir de la victoire passant («Ca a débuté comme ça. Une élection, une fête,
du champagne, c’était pétillant(…)») il y eut le doute, provoqué, en vrac, par «la retraite monastique bercé par le clair de lune sur un scénario de Fitzgerald, le clapotis des flots au
large de Malte, puis aussitôt après le déferlement des milliardaires, la chasse aux nigauds baptisés modestement « ouverture », (…), le drapeau tricolore relooké par Prada, (…), enfin, les
bien-aimés du pouvoir, le gratin du bottin mondial : Chavez, el-Assad, Kadhafi, Poutine…les cancres du passage en terminale de la démocratie (…)» et de conclure «Je commençais, petit à
petit, à bouffer, mon bulletin de vote».
Déceptions
Les déceptions arrivent donc vite et s’enchainent, tout aussi vite. La visite de Kadhafi, au premier chef, «qui illustre assez bien les chemins tortueux utilisés par notre diplomatie pour choisir ses interlocuteurs». Léotard poursuit, «Je n’ai pas pu m’empêcher, en voyant l’ordre républicain se plier ainsi aux caprices de tout ce qu’il devrait combattre, je n’ai pas pu m’empêcher de me souvenir d’une autre réception, bien plus ancienne, bien plus symbolique et surtout plus dramatique…» et d’évoquer 1938 et la visite du ministre des Affaires Étrangères du IIIe Reich, von Ribbentrop. Au passage, il distribue un bon point à Rama Yade, «la seule à avoir exprimé une réprobation, si j’ose dire, virile (…)».
Quant à l’affaire des infirmières bulgares dont, dit Léotard, «on avait bien voulu oublier, en haut lieu, qu’elles avaient été torturées, pendues par les pieds avec des fils électriques, fouettées,…pour un délit dont on savait qu’elles ne l’avaient jamais commis», l’ancien ministre centriste dénonce l’hypocrisie de la France, tout en citant Sartre : «Nous n’avions pas les mains sales ». «Nous n’avions pas de mains», nuance-t-il.
Mais la politique intérieure n’est pas oubliée, Léotard critiquant ainsi les choix opérés en matière économique, les tests ADN, la stigmatisation des étrangers et la création du Ministère de l’Immigration. L’exposition de la vie privée de Sarkozy, ainsi que son égo surdimensionné sont également critiqués. Sans oublier la tendance sécuritaire du Président, couplée à sa conception presque monarchique de l’État français: «Sarkozy est la police. Il est l’ordre. (…) Sa doctrine est faite : les loubards de banlieue n’ont pas de problèmes sociaux, ni de logement, ni de culture, ni d’emploi. Les pédophiles n’entrent pas dans l’inné, les récidivistes que la prison a largement amochés doivent y retourner le plus vite possible. Ils ont été jugés ? Aucune importance.(…) À quoi bon ? C’est l’État qui doit décider, c’est-à-dire l’Exécutif, c’est-à-dire la police» Léotard conclut, le ton acerbe : «Il semble que notre Président n’ait lu ni Tocqueville, ni Montesquieu, ni Benjamin Constant, il semble que la séparation des pouvoirs soit pour lui une énigme.»
Et puis, il y eut ce discours de Sarkozy sur la transmission des valeurs, pour laquelle, « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ». Léotard en profite pour rappeler les principes de laïcité qui permet au Président de la République de s’exprimer sur le sujet tant qu’il le veut, seulement en tant que citoyen. « Cette distinction entre sa liberté personnelle et les contraintes du domaine public, dont il a la charge, est une formidable invention du siècle passé. C’est donc un joli paradoxe qu’au moment même où le chef de l’État franchit cette frontière, c’est le principe de laïcité qui le rappelle à la dignité de sa fonction ».
Léotard, c’est un ancien acteur de la scène politique qui en est revenu. Sorti par une porte minuscule (suite à une affaire de corruption), l’homme est passé au-delà de ses blessures et déceptions de ce milieu féroce qu’est la politique. C’est donc en prenant une posture de « sage » qu’il s’adresse à nous. Une posture de «Cassandre», prédisant ainsi une fin, sans appel, pour la présidence de Sarkozy : ça finira mal ! C’est aussi un homme en colère qui veut mieux pour la population de son pays, de sa République. Dans un entretien à Nice-Matin, il a d’ailleurs déclaré : «Certains, qui comme moi ont voté Sarkozy, sont dans un état d’exaspération qui, je le crois, peut finir dans la rue ». À l’heure où la côte de popularité de Sarkozy est au plus bas, saura-t-il entendre les soupirs de ses concitoyens?
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