Bruxelles, dimanche 11 mai, en fin d’après midi dans le quartier Sainte Catherine. Le parvis de l’église Saint Jean Baptiste du Béguinage est presque entièrement recouvert de monde. Surtout des hommes, assis sur le sol. Quelques uns restent debout. Peu de mouvement. Il a fait chaud toute la journée, la température est encore très douce. Il faut économiser ses forces. Quelques 250 sans-papiers occupent l’église, ils ont choisi la grève de la faim.
L’exceptionnelle douceur du climat n’est pas à l’origine du rassemblement devant l’église du Béguinage. Une banderole est dressée au dessus du porche : « 250 sans papier en grève de la faim depuis le 8 mai ». Sur le parvis, l’atmosphère est calme. A l’intérieur de l’église, c’est presque le silence. Certains occupants sont couchés, d’autres debout. Les déplacements sont lents, bouteille d’eau à la main. Après trois jours de grève de la faim, la fatigue commence à se lire sur le visage des occupants. Il faut économiser ses forces. Les femmes avec enfants ne suivent pas la grève de la faim.
Ali s’avance. Son pas est tranquille, mesuré, mais le regard est déterminé. Il boit une petite gorgée d’eau. Jeune iranien, il est le porte-parole des sans-papiers qui occupent cette église. « Nous sommes tous des sans-papiers et occupons l’église depuis le 17 mars, avec l’aide d’une association, le Collectif des sans-papiers en lutte (CSPL, ndlr). Nous avons déjà manifesté devant les partis politiques pour connaître les critères de régularisation des accords du gouvernement ». Mais aucun calendrier n’est prévu à ce jour pour les procédures de régularisation. Il y a peu, la date du 21 mai a été avancée pour une possible circulaire. « Il y a eu des manifestations aussi devant l’Office des étrangers pour réagir par rapport aux gens qui occupent cette église. Mais nous n’avons malheureusement pas obtenu la réaction qu’il fallait ». Lors de la dernière manifestation, mardi 6 mai, six des occupants de l’église ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Depuis le 8 mai, la grève de la faim est leur signe de protestation face à cette situation.
Tous les sans-papiers n’ont pas le même parcours
« Dans cette église, il y a des gens qui ont des métiers, il y a aussi des étudiants. Certains travaillent, mais n’auront pas de contrat de travail ». Selon Ali, les maçons ou les menuisiers par exemple, sans-papiers et travaillant depuis quelques années en Belgique, pourraient bénéficier d’une régularisation. Mais les parcours des sans-papiers ne sont pas homogènes, la même mesure ne s’appliquera certainement pas à tous. Ali donne l’exemple de ces femmes qui font un peu de ménage chez des particuliers, souvent chez des personnes âgées. Elles n’ont pas de contrat et n’en auront sans doute pas. Elles gagnent un peu d’argent pour subvenir au quotidien. Plus une survie qu’un réel salaire. Quant à Ali, il a étudié le droit en Iran pendant trois ans. A son arrivée en Belgique, il voulait continuer ses études. Impossible. Il a appris le français, il a donc fait traducteur bénévole auprès de sa commune. Un travail dans la construction ? Evidemment pas son créneau.
« Nous ne sommes pas dangereux ici. Nous sommes là pour avoir nos papiers, pas pour mettre la violence ». La grève de la faim est leur dernière arme. Leur mouvement est soutenu par le Collectif des sans-papiers en lutte, la paroisse de l’église et des syndicats. Ils travaillent tous ensemble. Ce qu’ils réclament : « la libération de nos amis, arrêtés lors de la dernière manifestation devant l’Office des étrangers, la régularisation de tous les sans-papiers, la suppression des centres fermés et l’arrêt des expulsions ». Agitation soudaine. Les pompiers entrent dans l’église. Quelques secondes plus tard, un gréviste est évacué sur un brancard pour être envoyé à l’hôpital.
ajouter un commentaire commentaires (0) créer un trackback recommander




