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Lundi 19 mai 2008

Bruxelles, dimanche 11 mai, en fin d’après midi dans le quartier Sainte Catherine. Le parvis de l’église Saint Jean Baptiste du Béguinage est presque entièrement recouvert de monde. Surtout des hommes, assis sur le sol. Quelques uns restent debout. Peu de mouvement. Il a fait chaud toute la journée, la température est encore très douce. Il faut économiser ses forces. Quelques 250 sans-papiers occupent l’église, ils ont choisi la grève de la faim.

L’exceptionnelle douceur du climat n’est pas à l’origine du rassemblement devant l’église du Béguinage. Une banderole est dressée au dessus du porche : « 250 sans papier en grève de la faim depuis le 8 mai ». Sur le parvis, l’atmosphère est calme. A l’intérieur de l’église, c’est presque le silence. Certains occupants sont couchés, d’autres debout. Les déplacements sont lents, bouteille d’eau à la main. Après trois jours de grève de la faim, la fatigue commence à se lire sur le visage des occupants. Il faut économiser ses forces. Les femmes avec enfants ne suivent pas la grève de la faim.

Ali s’avance. Son pas est tranquille, mesuré, mais le regard est déterminé. Il boit une petite gorgée d’eau. Jeune iranien, il est le porte-parole des sans-papiers qui occupent cette église. « Nous sommes tous des sans-papiers et occupons l’église depuis le 17 mars, avec l’aide d’une association, le Collectif des sans-papiers en lutte (CSPL, ndlr). Nous avons déjà manifesté devant les partis politiques pour connaître les critères de régularisation des accords du gouvernement ». Mais aucun calendrier n’est prévu à ce jour pour les procédures de régularisation. Il y a peu, la date du 21 mai a été avancée pour une possible circulaire. « Il y a eu des manifestations aussi devant l’Office des étrangers pour réagir par rapport aux gens qui occupent cette église. Mais nous n’avons malheureusement pas obtenu la réaction qu’il fallait ». Lors de la dernière manifestation, mardi 6 mai, six des occupants de l’église ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Depuis le 8 mai, la grève de la faim est leur signe de protestation face à cette situation.

Tous les sans-papiers n’ont pas le même parcours

« Dans cette église, il y a des gens qui ont des métiers, il y a aussi des étudiants. Certains travaillent, mais n’auront pas de contrat de travail ». Selon Ali, les maçons ou les menuisiers par exemple, sans-papiers et travaillant depuis quelques années en Belgique, pourraient bénéficier d’une régularisation. Mais les parcours des sans-papiers ne sont pas homogènes, la même mesure ne s’appliquera certainement pas à tous. Ali donne l’exemple de ces femmes qui font un peu de ménage chez des particuliers, souvent chez des personnes âgées. Elles n’ont pas de contrat et n’en auront sans doute pas. Elles gagnent un peu d’argent pour subvenir au quotidien. Plus une survie qu’un réel salaire. Quant à Ali, il a étudié le droit en Iran pendant trois ans. A son arrivée en Belgique, il voulait continuer ses études. Impossible. Il a appris le français, il a donc fait traducteur bénévole auprès de sa commune. Un travail dans la construction ? Evidemment pas son créneau.

« Nous ne sommes pas dangereux ici. Nous sommes là pour avoir nos papiers, pas pour mettre la violence ». La grève de la faim est leur dernière arme. Leur mouvement est soutenu par le Collectif des sans-papiers en lutte, la paroisse de l’église et des syndicats. Ils travaillent tous ensemble. Ce qu’ils réclament : « la libération de nos amis, arrêtés lors de la dernière manifestation devant l’Office des étrangers, la régularisation de tous les sans-papiers, la suppression des centres fermés et l’arrêt des expulsions ». Agitation soudaine. Les pompiers entrent dans l’église. Quelques secondes plus tard, un gréviste est évacué sur un brancard pour être envoyé à l’hôpital.

par S.G. publié dans : Monde communauté : Apprentis journalistes
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Lundi 28 avril 2008

A l’heure de la visite du Pape Benoît XVI et de la campagne des présidentielles aux Etats-Unis, la question des valeurs se pose de manière très forte. Les candidats doivent se prononcer sur leurs convictions religieuses et leur relation à Dieu.

Lors de son actuelle visite aux Etats-Unis, le pape a été accueilli par le Président américain Georges W. Bush. Il est ainsi le deuxième pape reçu à la Maison Blanche, après Jean-Paul II par Jimmy Carter en 1979. Dans un pays qui compte 69 millions de catholiques, la religion tient un rôle important dans la vie des américains. La religion y est officiellement séparée de l'Etat, principe est assuré par la Constitution. Son premier amendement garantit la non-ingérence de l'Etat dans les religions ainsi que la liberté de culte. Une enquête publiée en décembre 2004 dans le Wall Street Journal Europe affirme que 75 % des Américains se déclarent croyants, pour 43 % de pratiquants. Dans la campagne présidentielle en cours, 7 électeurs américains sur 10 ont indiqué que la religion est un facteur déterminant leur choix du prochain président. D’où l’importance pour les candidats de s’exprimer sur leur croyance pour obtenir des suffrages.

Selon le magazine britannique The Guardian, bien qu’historiquement démocrate, en  2004, une majorité de catholiques a voté pour le républicain Georges W. Bush. Les démocrates travaillent à reconquérir cet électorat. Hillary Clinton et Barack Obama, les deux derniers candidats encore en lice pour l’investiture démocrate, ont fait des déclarations quand à leurs opinions religieuses.

« Je ne pense pas que j’aurais pu embarquer dans ce voyage qu’est la vie sans avoir un ancrage dans la grâce de Dieu et sans posséder ce sens du pardon et de l’amour inconditionnel », a expliqué Hillary Clinton. Elevée dans la foi baptiste, la sénatrice de l’Etat de New-York fait partie de cette Eglise, la plus répandue chez les protestants américains. En tant que Première Dame, elle s’est rendue régulièrement aux messes à la Foundry United Methodist Church de Washington. Elle est actuellement membre d’un groupe de prière au Sénat qui regroupe des républicains et des démocrates. Dans son autobiographie Mon histoire,  Hillary Clinton décrit sa foi comme « une part importante, bien que profondément personnelle de sa vie et la vie de sa famille ». Elle y écrit que sa foi l’a aidée dans les jours et les semaines qui ont suivi le scandale Monica Lewinsky et la procédure d’impeachment contre son mari lancée par la Chambre des Représentants en 1998.

Barack Obama, a, lui,  soulevé de nombreuses controverses liées à sa foi.

Il décrit son éducation comme non « particulièrement religieuse ». Son père, un Kényan, a été élevé dans la foi musulmane mais est devenu athée avant de rencontrer sa mère. « Ma mère était la personne la plus spirituelle que je connaisse, mais elle se méfiait de toute forme de religion organisée », a confié Barack Obama. Le sénateur de l’Illinois a dès le début de sa campagne fait face à des rumeurs le décrivant comme musulman, sujet sensible dans l’Amérique post-11 septembre.  Tout d’abord, son second prénom, Hussein, hérité de son père, a conduit les médias à s’intéresser à son identité religieuse. Le remariage de sa mère avec un Indonésien a aussi conduit le jeune Barack Obama à vivre cinq ans en Indonésie. Il a été en primaire dans une école catholique pendant deux ans, puis dans une école publique majoritairement musulmane pendant un an. Mais il n’a pas reçu pour autant une « éducation islamique ». Barack Obama est protestant et fréquente depuis plus de vingt ans l’église Trinity United Church of Christ.

En mars dernier, il a été interrogé sur les propos du pasteur Jeremiah Wright de cette église de Chicago. Il s’agit d’un proche de Barack Obama qui a célébré son mariage et baptisé ses enfants. Le pasteur avait déclaré que « le terrorisme américain est responsable des attaques du 11 septembre » et que « les Noirs américains ne devraient pas dire que "Dieu bénisse" mais que "Dieu maudisse l'Amérique" en raison du traitement que le pays leur réserve ». Le candidat démocrate a répondu par un discours sur les races dans lequel il a qualifié ces dires de « diviseurs » et de « chargés racialement ».

Plus récemment, il s’est expliqué sur ses propos polémiques concernant les « Américains moyens » des « petites villes » qui se raccrocheraient aux armes et à la foi pour oublier leurs difficultés financières. Il a alors reconnu avoir tenu des propos « maladroits » comme « cela arrive souvent dans une campagne présidentielle ». Mais, a-t-il insisté, « la religion constitue un rempart, c'est un fondement quand toutes les autres choses ne vont pas ». Barack Obama a expliqué qu'il essayait d'être « le mieux possible un instrument de la volonté de Dieu ».

John McCain, le candidat républicain, a pour sa part expliqué que sa foi l’a soutenu durant les cinq années et demie passées comme prisonnier durant la Guerre du Vietnam. Il a précisé qu’il lui était « nécessaire de croire en Dieu afin de conserver à travers toutes les horreurs de la guerre un sens de la responsabilité morale pour lutter à rester un être humain ». Dans son livre Foi de mes Pères, il déclare avoir ressenti l’amour de Dieu en découvrant les mots "Je crois en Dieu" gravés sur un mur de la prison. Il a aussi mentionné avoir participé à des services religieux avec d’autres prisonniers de guerre et dit qu’« il a prié plus souvent et de façon plus fervente qu’il ne l’avait jamais fait en tant qu’homme libre ». « Je ne suis pas épiscopalien. Je suis baptiste », a-t-il annoncé en septembre dernier. Une semaine plus tard, il a mis l’accent sur le fait que « le plus important est qu’il soit un chrétien ».

Quelque soit l’issue du scrutin au soir du 4 novembre, lorsque le nom du 44ème Président des Etats-Unis sera connu, il peu probable que la religion aura autant d’influence à la Maison Blanche qu’elle n’en a maintenant. Georges W. Bush a révélé dans son autobiographie qu’en 1985, à 39 ans, « le révérend Graham a semé dans mon coeur les graines de la foi... C'était le commencement d'une nouvelle vie où je remettais mon coeur à Jésus Christ ». Quand on lui a demandé pendant la campagne 2000 quel était son philosophe politique préféré, il a répondu Jésus Christ, parce qu'« il avait changé mon cœur ». Pour lui, la politique et la religion sont entremêlés. Membre de l'Eglise évangélique méthodiste, il dit qu'il lit la Bible chaque jour. La foi est entrée effectivement au sein du bureau ovale, car il fait précéder d’une prière chaque réunion du cabinet.

par C.C. publié dans : Monde communauté : Media - Actualité générale
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Lundi 21 avril 2008
Face au réchauffement climatique, à la raréfaction des réserves de pétrole et à la flambée des prix du brut ces dernières années, les « biocarburants » apparaissent comme la panacée. Mais c’est sans compter avec leurs conséquences environnementales et alimentaires : renchérissement des prix des matières premières agricoles, impact sur l’accès à l’alimentation pour les plus pauvres, déforestation accrue pour plus de surface cultivable et une main d’œuvre sous-payée dans certains pays producteurs.
 
Maïs, colza, orge, blé, betterave, canne à sucre… Voilà quelques unes des matières premières agricoles qui peuvent servir à la fabrication des biocarburants. Ils sont produits à partir de matériaux organiques renouvelables, d’où leur nom de « carburant vert ». Ces combustibles peuvent être oléagineux (huiles), liquides (alcools), gazeux (hydrogènes) ou solides (charbon de bois par exemple). Pour leurs partisans, une fois mélangées à de l’essence ou du gazole, ils permettent de diminuer la consommation de pétrole et donc les émissions de carbone.

L’intérêt pour leurs utilisateurs ? Les biocarburants se substituent partiellement ou totalement aux carburants pétroliers, une panacée pour l’Union européenne et les Etats-Unis, gourmands en énergie et trop dépendants de l’or noir. D’ailleurs, les deux régions font des biocarburants un axe important de leur politique énergétique. Les 27 pays de l’Union se sont fixé comme objectif de réduire de 20 % leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, par rapport à leur niveau de 1990. Les biocarburants devront désormais représenter au minimum 10 % de la consommation totale d’essence et de gazole dans les transports européens. Aux Etats-Unis, cette part a été fixée à un niveau plus élevé : 15 %. Il s’agit de favoriser l’indépendance énergétique des pays.

Pourtant, les biocarburants préfèrent en général les climats tropicaux... Le rendement d’éthanol produit à partir de la canne à sucre au Brésil est plus élevé que celui obtenu à partir de surface équivalente de colza cultivée en Europe. Et la fabrication d’ethanol coûterait moins chère au Brésil. Les Etats-Unis ont d’ailleurs appliqué des taxes dissuasives à l’importation d’éthanol brésilien, alors qu’ils subventionnent les exportations d’éthanol domestique produit à partir de maïs. Aux Etats-Unis toujours, près de la moitié des surfaces cultivées de maïs est issue de cultures transgéniques, une véritable manne pour les firmes de l’industrie de la biotechnologie alimentaire.

En Belgique, les biocarburants ont séduit. La Région wallonne met en avant le fait que « deux grandes filières techniquement au point sont particulièrement prometteuses pour la Wallonie : la filière huile et la filière sucre ». Des initiatives ont vu le jour pour favoriser leur production et leur utilisation. Ainsi, le pays s’est récemment doté d'un programme scientifique, Technose, visant à remplacer le pétrole et les produits dérivés par des composants cent pour cent écologiques. L’objectif : remplacer le pétrole comme source d'énergie mais aussi comme matière première pour l'industrie chimique. Le coût de cet investissement ? Quelques deux millions d'euros par an pendant cinq ans, dont la moitié seront consentis par la Région wallonne et l'autre moitié par le partenariat interuniversitaire au travers de financements européens et privés. Selon l’asbl wallonne Valbiom, en tenant compte de « l'incertitude sur les volumes de carburant, qui dépendent notamment du prix du pétrole, environ 550 000 tonnes équivalent pétrole de biocarburants devraient être mis sur le marché à l'horizon 2010 ».

Pour les partisans des biocarburants : une alternative pour diminuer la consommation de pétrole et réduire le réchauffement climatique.

Pour ses détracteurs : un gaspillage des ressources alimentaires, sans réels impact positif sur l’environnement.

Même si les biocarburants émergent comme une solution aux problèmes de réchauffement climatiques, ils ne seraient pourtant pas la panacée. Leur production soulève de nombreuses questions, notamment sur le plan éthique et écologique. L’espace nécessaire pour ces nouvelles cultures favoriserait la déforestation, notamment dans les pays en développement. De plus, l’utilisation de matières premières agricoles dans la production de biocarburants entraînent la hausse des prix des denrées alimentaires, et pénalisent les populations les plus pauvres. De plus, des spécialistes avancent que le processus de fabrication et le raffinage de certains biocarburants consommeraient une énergie supérieure aux économies réalisées en terme d’émission de carbone. De plus, les rendements agricoles étant pour partie dépendant des aléas climatiques, les bourses spéculent sur les récoltes. Côté humain, les conditions de travail des coupeurs de canne à sucre au Brésil sont bien souvent apparentées à celles de l’esclavage.

Même si l’on ne peut accuser les biocarburants de tous les maux, leur production mériterait un développement qui prendrait mieux en compte le coût environnemental et social. Dans un article publié dans le quotidien anglais The Independant on Sunday, Jonathan Johns, l’un des spécialistes des énergies renouvelables du cabinet de conseil Ernst & Young déclarait que « ce serait une erreur de rester coincé avec les biocarburants de première génération » et certains spécialistes proposent de reconvertir les usines de transformation de produits agricoles pour le traitement de la cellulose (biocarburant de seconde génération).
par S.G. publié dans : Monde communauté : Apprentis journalistes
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