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Lundi 19 mai 2008

Connaissance et éducation sont aujourd'hui les proies des possédants de ce monde. Leur marchandisation est, à l'analyse, une formidable tentative de sabotage de leurs propres fondements. Je m'explique...

 

L' "économie de la connaissance" donne un  rôle primordial aux lieux de production de celle-ci, à savoir principalement les universités, les entreprises et les centres de recherche. La production de brevets, de copyrights, y compris sur les procédés, les bases de données et les découvertes (et donc le vivant)[1], comme "droit d'exploration" est essentielle dans cette perspective. Les droits de propriété intellectuelle gérés à l'OMC à travers l' "Aspect des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce" sont à la base de l'appropriation de la connaissance (et non plus seulement des inventions qui en sont le produit). L'économie de la connaissance, c'est en résumé la transformation de la connaissance en source de richesse économique comptabilisée dans le PIB.

Les connaissances, ce ne sont pas des marchandises stricto sensu, mais des marchandises "fictives": contrairement aux marchandises classiques, elles ne sont pas produites pour être vendues, on ne peut pas les évaluer selon un étalon commun, et plus leur usage et leur diffusion augmentent, plus les possibilités de leur approfondissement et de leur extension s'accroissent. Une connaissance diffusée ne perd pas sa valeur, elle en gagne par son interaction avec les autres connaissances que nous possédons.

Pour que la valeur d'échange des connaissances soit élevée, il faut nécessairement limiter leur accès et leur diffusion, les privatiser[2], par l'extension de la propriété intellectuelle. L'idée d'une activité gratuite, désintéressée, d'une connaissance abondante qu'on ne perd pas quand on la transmet, disparaît. Or, la connaissance, la recherche nécessitent une circulation libre des idées, des procédés, pour faire progresser l'innovation[3]. C'est pourquoi on peut affirmer avec Geneviève Azam que l' "économie de la connaissance" est une "utopie destructrice", un recyclage de logiques et théories anciennes sur le progrès technique.

Ce raisonnement peut s'appliquer aux institutions d'enseignement supérieur: en concentrant les moyens privés et publics sur certaines d'entre elles, qui se verront alors attribuer des labels[4] de qualité (leitmotiv récurrent pour les promoteurs du Processus de Bologne), comparables à une marque ou à un droit de propriété intellectuelle, la rareté de cette qualité[5], essentielle dans cette optique marchande, permettrait de rentabliliser l'enseignement supérieur d'élite ou d'excellence, par des droits d'inscription élevés liés à leur valeur d'échange. L'université serait donc l'industrie de services du futur en tant que fournisseuse[6]d'éducation.  

 

L'impossible exigence de "marchandiser" l'éducation

 

Même si le "marché" de l'enseignement supérieur représente un potentiel de profit considérable (estimé à des dizaines de milliards d'euros par an), la logique de marché peut se mettre en place sans privatisation totale, à travers toutes sortes de mesures prises par les pouvoirs publics. La tendance pour l'enseignement supérieur à fonctionner comme un marché n'est en outre pas nouvelle: certains pays comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Australie sont déjà bien égarés dans cette voie, et l'Accord Général sur le Commerce des services de l'OMC pourrait également renforcer ce mouvement.

Si la marchandisation (ou transformation en marchandise) se réalisait complètement, elle impliquerait un changement important du rôle et du fonctionnement de l'enseignement supérieur: les universités se réduisant à des entreprises de services, la liberté académique et la critique publique d'une institution par le personnel de celle-ci deviendraient très difficiles. Qui a vu des responsables de Coca-Cola critiquer leur firme sans en être exclu ? La démocratie s'arrête encore en 2008 aux portes de l'entreprise... Le "Nouveau Management Public", professé par des experts en sophismes, encourage la concentration des pouvoirs, le respect de la hiérarchie, et le marketing (promotion d'une bonne image, incompatible avec l'expression publique des désaccords internes à l'institution[7]) propres aux entreprises privées. La pression pour la "pertinence" de l'offre d'enseignement (donc du contenu et du choix des cours) par rapport au marché du travail et au nombre d'étudiants inscrits constitue clairement un second aspect restreignant la liberté académique[8].

La théologie néo-libérale et ses chamans conçoivent les  professions comme des acteurs sociaux ne cherchant qu'à préserver leurs avantages, l'autonomie professionnelle nationale des universitaires est donc remplacée dans leur discours, et à travers une sublime perversion des idées de Mai 68, par l'autonomie locale des institutions[9], qui stimule la concurrence.

 

La logique du marché est logiquement antagoniste à celle de l'éducation, d'abord en ce qui concerne les moyens de fonctionnement: maximisation du profit versus diffusion libre des connaissances. Leurs buts respectifs s'opposent aussi: l'un cherche la satisfaction du client qui a les moyens financiers, l'autre l'acquisition cognitive de savoirs pour les étudiants motivés[10]. Le fonctionnement également contraste: sur un marché quiconque qui en a les moyens peut acheter, l'apprentissage est par contre un processus autonome qui demande un effort. Enfin les standards d' "excellence": les produits du marché sont "facilement" utilisables et rendent dépendants leurs consommateurs, a contrario les connaissances sont "complexes" et émancipent, rendent indépendants leurs porteurs.

 

L'éducation, contrairement aux marchandises "classiques", gagne en valeur quand elle est utilisée et diffusée. La marchandisation de celle-ci apparaît donc comme une violente contradiction puisqu'elle ne peut être totale sans nier ce qui fait l'essence même de l'éducation[11]. Elle est donc impossible. Marché et éducation ne cohabitent pas. Quand l'un apparaît, l'autre disparaît, seuls des aveugles oseraient nier ce qui crève nos yeux.

Le marché de l'enseignement ne connaîtra jamais une concurrence parfaite (comme aucun marché du monde réel): certaines institutions jouissent a priori d'une réputation prestigieuse acquise au long des siècles, choisissent leurs étudiants et peuvent demander des frais d'inscription élevés[12]. Ayez confiance: nos autorités académiques et administratives sont persuadées que l'ULB "en sera". Et ils feront le nécessaire (comme le recteur qui souhaite supprimer la moitié des cours de l'ULB), si toutefois on leur en laisse la possibilité...



[1]     AZAM, G., "La connaissance, une marchandise fictive", Revue du MAUSS, n°29, 2007/1, p. 116

[2]     GORZ, A., "Economie de la connaissance, exploitation des savoirs", Multitudes, n°15, 2004/1, p. 212

[3]     L'OCDE elle-même s'inquiète des "excès" de l'économie de la connaissance pour la libre circulation de celle-ci. cf. Azam, G., op. cit., p. 119

[4]     GARCIA, S., "L'Europe du savoir contre l'Europe des banques?", Actes de la recherche en sciences sociales, n°166-167, p. 85

[5]     TOMUSK, V., "The End of Europe and the Last Intellectual", in Creating the European Area of Higher Education : voices from the periphery, Dordrecht, Pays-Bas, 2006, p. 296

[6]     OLSSEN, M.,et PETERS, M., "Neoliberalism, higher education and the knowledge economy", Journal of education  policy, Vol. 20, N° 3, May 2005, p. 335

[7]     Citons ici de mémoire le président de l'ULB Jean-Louis Vanherweghem qui nous faisait au Conseil d'administration une menace à peine voilée dont le propos ressemblait à ceci: "La rentrée académique suivant le mouvement étudiant de 1994 à l'ULB, l'université a perdu des milliers d'inscriptions par rapport à l'UCL"

[8]     OLSSEN, M., PETERS, M., loc. cit., p. 326

[9]     GARCIA, S., loc. cit., p. 90

[10]    McMURTRY, "Education and the market model", Journal of Philosophy of Education,Vol 25, N°2, 1991, p. 213

[11]    Id., p. 216

[12]    OLSSEN, M., PETERS, M., loc. cit., p. 327

par Gilles Maufroy publié dans : Société communauté : C'est arrivé près de chez vous
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Lundi 12 mai 2008

Le 28 avril dernier se tenait à l'ULB un colloque intitulé "Mai 68, la peur des bien pensants". Parmi les témoignages de soixante-huitards qui ne renient pas leur passé, le regret pour l'un d'entre eux de n'avoir pas vécu cette fameuse "liberté sexuelle" dont on parle tant, pour avoir privilégié un engagement pur et dur. Et si, 40 ans après, la tendance s'était inversée?

Lorsqu'on aborde le thème de la liberté sexuelle, c'est avec un petit rire gêné que Michel Roland, la soixantaine, prend la parole. C'est que, jusqu'ici, ce médecin qui a participé à la création des maisons médicales belges n'a "jamais abordé ce sujet-là en public!" Et de s'expliquer: lui, en Mai 68, il appartenait à un groupe maoïste, dans lequel il n'était pas question de guindailler. La danse, les filles, "c'était bon pour les trotskystes, qui faisaient la révolution pour faire la fête!" Dans sa voix, on devine quelques regrets à l'évocation des étudiants qui l'entouraient et découvraient les merveilles de l'amour libre, alors que lui-même envisageait la révolution "sérieusement", son petit livre rouge sous le bras. Michel Roland résume la situation qu'il a vécue par la difficulté, toujours présente, d'allier "devoir" et plaisir. A voir son air épanoui, il s'est cependant sans doute rattrapé par la suite, bien qu'il garde le mystère! Mais l'anecdote soixante-huitarde pourrait être relue au regard de la jeunesse de 2008.

Un happening? Non, un "freeze"!

Le 19 avril dernier, une manifestation particulière réunissait une centaine de personnes aux alentours de la Grand Place. Objectif: durant un court instant, se figer aux milieu de la masse des passants, pour réaliser un "freeze". Nombreuses sont les interprétations possibles de cet arrêt sur image, de cette pause dans le temps. La première serait, logiquement, d'attirer l'attention sur la rapidité de la vie, et sur la richesse de l'instant présent. Ce "gel" soudain d'une partie de la population aurait pu être la  critique symbolique d'une société de surconsommation dont la croissance économique est devenue le mot d'ordre. On pourrait interpréter le freeze comme un "happening", cérémonie naissante dans les années soixante qui transforme le spectateur en acteur ou viveur pour briser les frontières de l'art et de la vie et créer la rébellion dans la société spectaculaire marchande. Un écho du "here and now" proclamé par  les hippies en 68, que suggère le titre du message de rassemblement du freeze: "the world is going too fast". Pourtant, si on poursuit la lecture de l'invitation, on trouve l'explication suivante de l'événement: " Pourquoi? juste comme ça, pas de réclamation, pas de revendication, pas de message politique ou religieux... rien, juste pour le plaisir de s'arrêter et de perturber un peu le monde qui tourne, tourne, tourne... " Précision, le freeze qui a eu lieu ce jour-là visait à augmenter la visibilité de l'ASBL Couch Surfing. Celle-ci met en lien des jeunes qui ont soif de voyages, et leur propose d'échanger leurs canapés pour éviter les dépenses.

Que fait la jeunesse?

Le freeze du 19 avril a réussi à mobiliser de jeunes étudiants, à l'heure où Jean-Jacques Jespers et Willy Decourty regrettent le manque d'énergie de la jeunesse de 2008. Un rassemblement festif, juste pour la beauté du geste... Ou la récupération du happening, amputé de ses revendications politiques. Pour une partie des jeunes, "politique" est devenu un gros mot, qui fait peur. Mais les jeunes ne peuvent être considérés comme uniques responsables de cette dépolitisation. Matraqués depuis leur naissance par des publicités qui ont détourné le message de Mai 68 en le réduisant à un individualisme exacerbé, on ne peut leur en vouloir. Le Kroll caricaturait d'ailleurs un jeune qui entendait les slogans de Mai 68 ("Il est interdit d'interdire", "Sois jeune et tais-toi", "Sous les pavés la plage",...) et réagissait en demandant quels produits vantaient ces pubs. D'autre part, la vision de la politique est aujourd'hui réduite à la politique institutionnelle. Le Politique, celui qui est partout et qui fait que "tout est politique" est ignoré. Dans un rapport de forces défavorable, les gens ont tendance à se dire que les jeux sont faits, et qu'ils n'y peuvent rien changer. Circonstances atténuantes pour une jeunesse parfois trop passive...Même s'il suffit de peu pour changer complètement la donne! Entre la jeunesse militante et trop sérieuse de Michel Roland et une jeunesse festive effrayée par l'engagement, n'y a-t-il pas un équilibre? Ne peut-on prouver à tous que l'engagement ne doit pas forcément être envisagé sans la guindaille? Qu'on peut faire l'amour en faisant la révolution? Le fameux "Jouir sans entrave" apparaissait côte à côte, sur les murs de Paris, avec "Les usines occupées". C'est peut-être ça, la leçon de Mai 68...

"Revolución en la plaza, en la casa y en la cama!"
("Révolution sur la place, à la maison et au lit!", slogan argentin)
 

par P.F. publié dans : Société communauté : Apprentis journalistes
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Lundi 28 avril 2008

Nous n'avons pas vécu Mai 68, et nous ne pourrons pas revivre ces évènements tels qu'ils se sont produits. Il n'est donc pas nécessaire d'en faire notre seul et ultime point de repère par rapport aux mouvements d'aujourd'hui. En mai 2008, la plupart des étudiants ont des parents qui n'ont pas "fait" Mai 68 mais ont vécu leur jeunesse dans les années qui suivaient. Ce mois de mai est devenu un souvenir flou, et l'occasion pour les médias inféodés à l'ordre établi de faire un bon coup de pute...euh... de pub. De planter le décor et un énième coup de couteau dans l'énergie et les traces de cette période de révoltes.

Les soixante-huitards médiatiques (Dany Cohn-Bendit, Serge July, mais aussi Bernard Kouchner...) sont ceux que le Pouvoir (économique, politique, médiatique, publicitaire) tolère parce qu'ils ont été récupérés et lissés par le temps, l'argent, le pouvoir et la gloire. Et donc parce qu'ils proposent une vision très restreinte et orientée de ces évènements. Comme l'écrit si bien Kristin Ross, « réduire un mouvement de masse aux itinéraires de quelques uns de ses soi-disant leaders, porte-parole ou représentants (plus particulièrement ceux qui ont désavoué “ leurs erreurs du passé ”), constitue une vieille tactique de confiscation, aussi efficace qu’éprouvée. Ainsi circonscrite, toute révolte collective est désamorcée, et donc réduite à l’angoisse existentielle de destinées individuelles. Elle se trouve ainsi confinée à un petit nombre de “ personnalités ” auxquelles les médias offrent d’innombrables occasions de réviser ou de réinventer leurs motivations d’origine. »

Mais 68 ce n'est pas qu'au mois de mai, ce n'est pas qu'à l'université, ce n'est pas qu'à Paris, ce n'est pas qu'en France! Depuis le début des années 60, partout, les dominés se réveillent. Contre le colonialisme, contre le patriarcat, contre la guerre au Vietnam, contre la domination des ricains d'un côté, des bureaucrates "socialistes" de l'autre. En 1968, une conjonction se fait entre des situations assez différentes. Au Mexique, le mouvement étudiant de l'université de Mexico est réprimé dans le sang. En Italie, un véritable lien s'établit entre ouvriers et étudiants. En Tchécoslovaquie, le Printemps de Prague lutte pour un socialisme authentique, libre, autogestionnaire. Les dictatures fascistes (en Espagne ou au Portugal) ou d'appareils bureaucratiques-policiers sclérosés (en Tchécoslovaquie ou en Pologne) sont mises à mal. Aux USA, au Japon, en Allemagne, ou encore chez nous- notamment à l'ULB qui s'en vante tant que cela se conjugue au passé-  le peuple se bouge contre l'ordre établi. Le diktat imposé par la société du travail et de la consommation marchande est contesté.

Des milliers d'étudiants découvrent le Politique et reprennent le pouvoir au Pouvoir. Des barricades se dressent, des facultés sont occupées, les murs peinturlurés de slogans ravageurs. Ils réalisent que "tout est politique", y compris les relations homme-femme, le contenu des cours ou l'art... Et puis les ouvriers et les employés les suivent, malgré la grande méfiance du syndicat "communiste" CGT, qui se méfie d'une lutte qu'il ne contrôle pas. Des étudiants tentent d'établir le contact avec les millions de grévistes (150 millions de journées chômées cette années-là, un chiffre énorme!)  mais cela ne fonctionne pas toujours, surtout que la CGT met tout son poids pour les séparer. Il s'agit d'un mouvement révolutionnaire, ne serait-ce que parce qu'il touche pour la première fois un pays qui connaît l'abondance des Golden Sixties et le chômage marginal (10 à 20 fois moindre qu'aujourd'hui!). La France est paralysée: les ventes de livres dans la capitale augmentent de 40% au cours des mois de mai et juin 1968. Aucun secteur professionnel n'est épargné; il n’y a pas de ville ou de village français qui échappe à la grève générale.

Pourtant, le général de Gaulle, Pompidou, et déjà Chirac trouveront avec l'aide de la CGT une sortie à la crise. Heureusement, tout comme beaucoup de luttes précédaient 68, beaucoup lui succèderont. Mai 68, ce n'est donc ni un début, et encore moins une fin. C'est un paroxysme. Aujourd'hui, on peut en tirer des leçons intéressantes. Ce paroxysme a prouvé qu'un mouvement de masse, insurrectionnel, unissant étudiants, ouvriers et employés, immigrés et chômeurs, était possible dans nos pays (trop) "riches". Il a montré aux socialistes (au sens large !) que l'hypothèse anticapitaliste n'était possible qu'en étant aussi libertaire. Et que le sectarisme de groupuscules ne saurait tenir lieu de mode de fonctionnement.

En 2008, la guerre civile continue, souvent latente, et le néolibéralisme utilise la compétition comme technique de contrôle des esprits et des corps. Face à cette domination, des milliers de jeunes et de moins jeunes se sont levés contre la globalisation capitaliste à Seattle en 1999, à Gênes en 2001, ou encore à Rostock l'année dernière. Les manifestations contre la guerre en Irak furent  beaucoup plus précoces et massives (avec un puissant effet symbolique) que celles des années 60  pour le Vietnam. Et au Mexique, pays dont on parle trop peu chez nous, deux mouvements importants ont semé les graines de la révolution: au Chiapas, depuis 1994, les indigènes se rebellent contre le gouvernement, tandis qu'en 2006 c'est à Oaxaca qu'une Commune libre s'est érigée contre les larbins des multinationales et leur gouvernement mafieux soutenu par l'Empire américain. En France, les mouvements de 2006 qui s'opposaient au CPE et ceux contre la Loi "LRU" du "gouvernement Sarközy-Fillon" et les suppressions d'emplois d'enseignants qui ont eu lieu cette année montrent qu'une jeunesse politisée n'est pas un rêve de vieux gauchiste. Les grèves se multiplient aussi, malgré le rôle néfaste des dirigeants de  la CGT et la CFDT. Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa, de son vrai nom, et ses copains (Benoît XVI et les multimilliardaires) auront du mal à "liquider" complètement "l'héritage de Mai 68"!

Chez nous, le réveil est lent, mais il ne tardera pas. La grève de 2005 contre le "Pacte" néolibéral du gouvernement Verhofstadt qui s'attaquait aux droits des prépensionnés, là aussi avec une compromission claire des chefs syndicaux, en est un signe. Les nouveaux mandarins de l'université, technocrates gestionnaires et propagateurs de la doxa néolibérale, ont récupéré 68 comme une image de marque, un outil publicitaire à l'usage des nouveaux étudiants, mais pervertissent ses  aspirations d'autonomie, de liberté pour mieux nous jeter dans les bras de l'université comme société marchande gérée en tant qu'entreprise banale et pour les entreprises (publiques ou privées). Les publicitaires ont retourné l'envie de vivre des nouvelles générations pour étendre l'emprise des biens marchands sur nos désirs...

Oui, les réactionnaires tentent d'effacer le spectre des alternatives radicales qui ont émergé alors, mais ce n'est pas si grave, puisque loin de nous tourner vers un passé "glorieux", nous pouvons regarder émerger ici et maintenant les potentialités d'un ailleurs réellement démocratique, où l'être humain désaliéné pourra libérer tout son potentiel créateur et profiter de la vie. L'empire de la bureaucratie centralisée s'est effondré, l'empire du moindre mal où l'on perd sa vie à la gagner suivra le même chemin. On ne sait ni quand, ni comment, mais on sait que c'est à nous d'agir et de réfléchir pour orienter le changement. La révolution survient quand on s'y attend le moins.

"L’important, c’est que l’action ait eu lieu,  alors que tout le monde la jugeait impensable.  Si elle a eu lieu cette fois-ci, elle peut se reproduire..."
(Jean-Paul Sartre, 1968)

par Gilles Maufroy publié dans : Société communauté : Politique Directe
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