<![CDATA[La Feuille du Web]]> http://www.lafeuilleduweb.info/ Site d'information à publication hebdomadaire : pouvoirs, monde, société, médias, culture. fr over-blog.com RSS 2.0 Generator <![CDATA[Acrimed : une critique active des médias (1/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897191.html [1]         http://www.acrimed.org/article41.html [2]     Ibidem [3]         http://www.acrimed.org/article2887.html [4]         http://www.acrimed.org/article205.html [5]         http://www.acrimed.org/article335.html [6]     Cours radio du 23 janvier 2008; cours télé du 30 janvier 2008 [7]         http://www.acrimed.org/article335.html [8]     Ibid. [9]                  BOURDIEU, Pierre, Sur la télévision, éd. Raisons d'agir, Paris, 1996, p.18, 20 et 23 [10]    Idem, p.26 [11]    Citation in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.51 [12]    Francis Bouygues, cité in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.63 [13]         http://www.acrimed.org/article2793.html [14]    Magazine n°1 d'Acrimed [15]    HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.145 [16]         http://www.acrimed.org/article1064.html [17]         CHAMPAGNE, P. et CHARTIER, R. (dir.), Pierre Bourdieu et les médias, éd. L'Harmattan, Paris,2004, p.103 [18]         http://www.acrimed.org/article1363.html; NdlA: Il ne s'agit pas ici du programme exhaustif d'Acrimed mais d'un aperçu de celui-ci. ]]> Mon, 26 May 2008 10:03:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897191.html <![CDATA[Acrimed : une critique active des médias (2/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897219.html [1]     LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.90 [2]     Ibid. [3]     Ibid. [4]     HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.100-101 [5]     LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.91-92 [6]     Cité in HALIMI, Serge, Les nouveaux chiens de garde, Raisons d'agir, Paris, 2005, p.103 [7]     LEVEQUE, Sandrine, « Crise sociale et crise journalistique », in NEVEU, Erik (dir.), Medias et mouvements sociaux, Hermes Science Publications, Paris, 1999, p.94 [8]     Un gréviste de la RATP, cité par Dominique Leguilledoux, "Paroles de grévistes", Le Monde, 5 déc. 1995 , in http://www.acrimed.org/article339.html [9]         http://www.acrimed.org/article41.html [10]    Cité in ACRIMED (Henri Maler et Mathias Reymond), Médias et mobilisations sociales, la morgue et le mépris?, éd. Syllepse, Paris, 2007, p.81 [11]    BOURDIEU, Pierre, Langage et pouvoir symbolique, éd. du Seuil, Paris, 2001, p.161 [12]    BOURDIEU, Pierre, Sur la télévision, éd. Raisons d'agir, Paris, 1996 [13]    Par Henri Maler et Antoine Schwartz, éd. Syllepse, Paris, 2005 ]]> Mon, 26 May 2008 10:02:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897219.html <![CDATA[Acrimed : une critique active des médias (3/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897288.html   Partie 1 - Partie 2 - Partie 3
[1]     SIMON, François, Journaliste, dans les pas d'Hubert Beuve-Méry, éd. Arléa, Paris, 2005, p.12 [2]     Idem, p.79 [3]     Idem, p.97 [4]     Idem, p.101 [5]              DUMONT, Jean-François (dir.), Le Livre Noir des journalistes indépendants, éd. Luc Pire, Bruxelles, 2006,   p.102 [6]     Entre autres, LOUSBERG, Brigitte, « Précarité: le journalisme en danger? », in Les cahiers de Journalistes - la lettre de l'AJP, hors série n°2, avril 2007 [7]     Idem, p.101 [8]         http://www.agjpb.be/ajp/deontologie/instances.php ou Les cahiers de Journalistes - la lettre de l'AJP, hors série n°1, janvier 2007 [9]                DUMONT, Jean-François (dir.), Le Livre Noir des journalistes indépendants, éd. Luc Pire, Bruxelles, 2006,  p.101 [10]    HEINDERYCKX, François, La malinformation, plaidoyer pour une refondation de l'information, éd. Labor, Bruxelles, 2003, p.84 [11]    Idem, p.85 [12]    Ibid. [13]    DE SELYS, Gerard (dir.), Mediamensonges, éd. EPO, Bruxelles, 1991, p.136 [14]    Idem, p.137 [15]    AUBENAS, F. et BENASAYAG, M., La fabrication de l'information, éd. La Découverte et Syros, Paris, 1999, p.106 [16]    Ibid. [17]    GRANJON, Fabien, « Une autre information est possible », in CONTRETEMPS (coll.), Société de l'information: faut-il avoir peur des médias, éd. Textuel, Paris, 2006, p.13 [18]         MATTELART, Armand, « Quarante ans de critique des médias », in CONTRETEMPS (coll.), Société de l'information: faut-il avoir peur des médias, éd. Textuel, Paris, 2006, p.70 [19]    Ibid. [20]    AUBENAS, F. et BENASAYAG, M., La fabrication de l'information, éd. La Découverte et Syros, Paris, 1999, p.79 [21]         http://www.arretsurimages.net [22]         http://www.bigbangblog.net/article.php3?id_article=337 [23]         http://www.lesoir.be/forum/editos/une-apathie-longue-comme-un-2008-05-19-599198.shtml ]]>
Mon, 26 May 2008 10:01:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19897288.html
<![CDATA[Sport et médias, question d'intérêt (1/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896282.html
  • Historique des relations entre le sport et la télévision
  •   L'histoire commune qui rassemble le sport et la télévision a démarré il y a plus de septante ans. Cette relation était avant tout économique et financière. En effet, l'un des premiers sports à accéder aux recettes provenant des droits de retransmission télévisée fut le baseball aux Etats-Unis, avec 18.000 dollars de droits perçus en 1933. Au niveau international, les Jeux Olympiques furent la première grande manifestation à faire l'objet d'une couverture télévisée lors des très controversés Jeux de Berlin en 1936. Au cours de cet événement, seize journées d'émissions en direct furent réalisées[2]. La télévision a l'avantage, contrairement à la presse écrite, de donner l'information en direct. Elle va très vite revendiquer et prendre une place de choix dans la couverture des évènements sportifs[3]. Les sociétés sportives y trouvent également leur bonheur. « Les patrons des plus grandes disciplines du sport ont vite compris que Dame Télé pouvait être à la fois une découvreuse de talents et une usine à fric. Portés par des imprésarios qui venaient faire leur pelote, ils ont négocié, au cours d'années fastueuses, les apparitions sur l'écran de chaque événement d'importance[4] ». Certains événements sportifs, comme la Coupe du monde ou la Coupe d'Europe vont se développer grâce à la montée du sport télévisé. Pour la télévision, l'intérêt est double. Tout d'abord, le sport est un gisement d'audience très intéressant. Ensuite, il est un véritable laboratoire pour le média cathodique. En effet, l'histoire du direct et des moyens techniques en télévision passe inévitablement par le sport: 1948, premier direct au parc des Princes pour l'arrivée du Tour de France; 1954, le zoom fait son entrée dans les stades;  1967, apparition du ralenti ; et un an plus tard, la couleur apparaît lors des Jeux de Grenoble. On pourrait ajouter également l'utilisation de l'hélicoptère et des motos pour les prises de vues lors des compétitions cyclistes ou encore la superposition d'images[5]. Au fil du temps, la relation entre le sport et la télévision s'est développée et s'est renforcée sans cesse. Ce long cheminement, qui dure depuis une septantaine d'années, leur a permis de devenir de plus en plus interdépendant l'un de l'autre.
    [1] ANDREFF W. et NYS J.-F., Le sport et la télévision : relations économiques : pluralité d'intérêt et sources d'ambiguïtés, Dalloz, Paris, 1987, p.92 [2] Ibid., p.11 [3] DEREZE G., Société et sport : Sport(s) et médias, Fondation Roi Baudouin, Bruxelles, 2000, p.18 [4] POISEUL B., Les liaisons dangereuses du football et de la télévision, coll. « les écrits de l'image », nº7, 1995, p.42 [5] DEREZE G., op. cit., p.18
      Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 ]]>
    Mon, 26 May 2008 09:00:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896282.html
    <![CDATA[Sport et médias, question d'intérêt (2/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896336.html
  • Intérêts convergents
  •  
    1. La télévision
      L'audience   « La télévision est intéressée par le sport car c'est un gisement d'audience[1] ». Il y a quelques années, cette affirmation aurait été impensable. Si on prend l'exemple de la Belgique, le paysage audiovisuel n'était constitué que de deux chaînes publiques : la BRT pour le nord du pays et la RTBF pour les francophones. « Le service public avait pour mission d'informer les auditeurs, de les distraire et de les éduquer. A cette époque, l'audience n'était pas une priorité »[2]. Dans les années quatre-vingt, les choses vont changer avec l'arrivée des chaînes privées ainsi que des chaînes cryptées. Ces différents médias sont financés essentiellement par la publicité, et cet apport financier dépend bien évidemment des scores d'audiences réalisées. Cette dépendance a poussé les chaînes de télévision à se lancer dans une course effrénée afin de pouvoir diffuser l'événement qui leur offrira le nombre de téléspectateurs espéré.   La publicité   Pour les chaînes de télévision, diffuser du sport leur permet avant tout d'obtenir un maximum de recettes publicitaires. La programmation d'événements sportifs  leur assure une audience importante. Elle garantit par la même occasion des revenus très intéressants, car le prix de passage des annonces est bien évidemment proportionnel au nombre de téléspectateurs escompté. Aux Etats-Unis, le groupe audiovisuel NBC a annoncé le prix d'un spot publicitaire de 30 secondes pour le plus grand événement sportif de l'année : le Super Bowl 2009 (finale du championnat de football américain). Celui-ci s'élève à 3 millions de dollars. Autrement dit 64.683 euros la seconde de diffusion. Ce qui équivaut à une augmentation de 11% par rapport à l'année 2008.    
    1. Le sport
      Les droits de retransmission   Depuis plus de vingt ans, les droits de retransmission télévisée pour les évènements sportifs n'ont cessé s'augmenter. L'avènement des chaînes numériques dans le paysage audiovisuel a bouleversé le sport en général et le football en particulier. En prenant l'exemple du sport roi,  « on remarque que cet apport financier contribue pour une grande partie au budget des clubs et des associations nationales. Selon une étude de médiamétrie, dans la liste des dix audiences sportives télévisées les plus élevées dans 47 pays du monde, le football est cité à 353 reprises (sur un total de 470), dont 230 concernent la juteuse Coupe du monde[3] ». Le football attire les foules et les chaînes n'hésitent pas à dénouer les cordons de la bourse afin de satisfaire leur public. Au cours de la saison 2006-2007, la ligue des champions a engendré près de 580 millions d'euro de droits de retransmission télévisée[4]. Cette somme est attribuée aux clubs selon leur résultat. Le Milan A.C., par exemple, vainqueur de cette édition a empoché pas moins de trente neuf millions et demi d'euros.  Au niveau national, les championnats les plus huppés sont bien évidemment les mieux rétribués. A titre d'exemple, la ligue nationale française a renouvelé le contrat télé pour la période 2008-2012. Celui-ci a été attribué conjointement à Canal+ et Orange pour la modique somme de 668 millions d'euros. Une grande partie de ce montant sera rétribué aux équipes du championnat. Les clubs les plus riches sont donc ceux qui proviennent des pays au sein desquels les prix des droits de retransmission sont les plus élevés[5]. Ce système pose problème car il crée un fossé de plus en plus grand entre les grandes et les petites nations. En Belgique, le précédent contrat des droits TV était revenu entièrement à Belgacom TV pour 36 millions d'euros. On devrait connaître le 19 mai prochain le montant du nouveau contrat pour les trois prochaines saisons mais celui-ci ne devrait pas dépasser les cent millions d'euros. Un montant qui s'avère encore relativement faible par rapport aux sommes astronomiques qui sont négociées dans les nations du top européen.     Classement du chiffre d'affaire 2006-2007 en millions d'euros

    1.  Real Madrid 351 2.  Manchester United 315,2 3.  FC Barcelone 290,1 4.  Chelsea 283 5.  Arsenal 263,9 6.  AC Milan 227,2 7.  Bayern Munich 223,3 8.  Liverpool 198,9 9.  Inter Milan 195 10. AS Rome 157,6 11. Tottenham 153,1 12. Juventus Turin 145,2 13.  Lyon 140,6 14.  Newcastle United 129,4 15.  Hambourg SV 120,4 16.  Schalke 04 114,3 17. Celtic Glasgow 111,8 18. Valence CF 107,6 19  Marseille  99 20. Werder Brême 97,3 Dans ce classement, on remarque que les clubs proviennent des cinq championnats les plus rémunérateurs, hormis le Celtic de Glasgow. Il est intéressant, également, de constater que le top cinq est composé de trois anglais et de deux espagnols. En Angleterre, pour la période 2007-2010, les droits de retransmissions  ont été vendus pour 986 millions d'euros par saison. Quant aux espagnols, ils ont tous les deux vendu leurs droits séparément. Ils ont chacun obtenu plus d'un milliards d'euros auprès de la maison de production Médiapro pour une durée de sept an.   La promotion   La télévision possède des qualités indéniables. « Elle peut jouer un rôle promotionnel favorable au sport à travers trois types d'incidence : une amélioration de l'image d'un sport, une stimulation de la demande de spectacle sportif et un développement de la pratique sportive[6] ». Plus un sport est diffusé, plus il sera pratiqué. Par exemple, lorsque qu'anciennement Justine Henin et Kim Clijsters se retrouvaient en finale d'un grand chelem le dimanche, de nouveau adhérents venaient garnir les clubs de tennis le lundi. Idem pour le cyclisme où chaque année durant la première quinzaine de juillet, les vélos refont leur apparition sur nos routes lors du Tour de France.     Les sponsors   Le mariage entre les chaînes de télévision et le sport n'a pas seulement apporté à ce dernier une manne financière très intéressante. Cette union offre aux athlètes, aux clubs et aux fédérations l'opportunité de tirer profit de leur image. En effet, leur présence régulière sur le petit écran attire les sponsors. Ceux-ci sont prêts à soutenir les différentes disciplines et à y investir des sommes énormes. A titre d'exemple, le joueur anglais des Los Angeles Galaxy, David Beckham touche 31 millions d'euros par saison. La part des revenus provenant du sponsoring  est estimée à 25 millions. Pour les différentes marques, l'intérêt se situe dans le nombre d'apparition de leur poulain à la télévision. Mais ce système condamne les sports peu ou pas médiatisés. Pour Eric Maitrot, il s'agir là d'un cercle vicieux. « Pas de télé, pas de sponsors ; pas de sponsors, pas d'argent ; pas d'argent, pas de champions ; pas de champions, pas de télé[7] ».
    [1] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.37 [2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., L'impact économique de la télévision  sur le football professionnel en Belgique, UCL, Louvain-la-Neuve, 2002, p.44 [3] La Dernière Heure - Les Sports, 08-12-99 [4] Source: UEFA [5]Voir le classement des clubs les plus riche du monde publié par Deloitte & Touche en 2007 [6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.63 [7] MAITROT E., Sport et télé : les liaisons secrètes, Flammarion, Paris, 1995, p.305
      Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 ]]>
    Mon, 26 May 2008 08:59:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896336.html
    <![CDATA[Sport et médias, question d'intérêt (3/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896393.html
  • Intérêts divergents
  •  
    1. La télévision vide-t-elle les stades ?
      La télévision offre différents avantages au supporter. Si on prend l'exemple du football, la petite lucarne propose chaque semaine des matchs en direct, en différé ou encore des rediffusions. Pour le fan, plus besoin de se déplacer au stade. Il peut rester au chaud chez lui dans son fauteuil à l'abri des intempéries. Il n'aura, par la même occasion, pas besoin de dépenser l'argent pour le billet d'entrée. De plus, le spectateur se voit offrir une place de choix pour pouvoir analyser le match comme il le souhaite. A l'aide des nombreuses caméras qui bordent le terrain ainsi que des ralentis, il pourra visionner les actions dans les meilleures conditions possibles. Mais la télévision vide-t-elle les stades pour autant ? Même si elle permet au spectateur d'être au cœur de l'action, elle ne lui permet pas de sentir l'ambiance du stade, de pouvoir communier avec les autres « aficionados ». Pour Gérard Derèze, il est impossible de répondre objectivement à cette question. Selon lui, aucune étude chiffrée ne montre de corrélation incontestable[1]. En Belgique, par exemple, la fréquentation des stades a légèrement augmentée ces dernières années. Cette saison, il y a eu 206.971 spectateurs de plus dans les stades par rapport à la saison précédente. Néanmoins, on observe que les supporters se déplacent pour les grands matchs et préfèrent rester chez eux lorsque l'affiche parait moins alléchante. .
    1. Conflit d'intérêt
      Le sport et les médias n'ont pas les mêmes objectifs. Certains conflits peuvent naître suite à cette opposition de point de vue. D'un coté, il y a le journaliste qui a pour mission d'informer les téléspectateurs. Et de l'autre, il y a les joueurs, les clubs ainsi que les fédérations. Leur but est de communiquer une image positive d'eux même afin de s'attirer des sponsors et du public[2]. C'est pour cette raison que les associations sportives estiment que les journalistes doivent effectuer un travail de propagande afin d'améliorer l'image de marque de leur sport. Cette publicité est néanmoins inconciliable avec le profession de journalisme. Celui-ci se doit d'apporter des informations objectives et de qualité. C'est pour cette raison que des conflits éclatent, à l'image du mutisme dans la presse de certains joueurs de football après avoir découvert un article qui ne leur a pas plu.  
    1. Modification des épreuves
      La télévision, de par son format, ses horaires et ses exigences, peut entraîner des modifications des règles du jeu et du déroulement des compétitions. Les instances dirigeantes du sport, hautement médiatisés, sont contraintes de s'adapter malgré un risque de dénaturation de leur discipline. Les modifications apportées aux règles du jeu sont multiples. En tennis, la règle du tie-break fait son apparition en 1971 afin de diminuer la longueur des matchs et de mieux contrôler leur durée[3]. Dans le même ordre d'idées, le tennis de table a connu il y a quelques années une révolution de son règlement. Les sets sont passés de vingt-et-un points à onze, le poids de la balle a été augmenté et la hauteur du filet a été rehaussée afin de rendre les échanges plus lents. Les médias ont eu également la volonté de s'attaquer aux formats et aux horaires des compétitions. Pour les Jeux Olympiques de Pékin, les chaînes détentrices des droits de diffusion ont obtenu satisfaction afin de postposer les finales de natation le matin malgré une opposition farouche de la part des professionnels de la discipline. Le football n'échappe pas non plus à la règle. La plus grande épreuve continentale, la Champions League, a connu en 1994 une refonte complète du format de la compétition. Le système mis en place favorise les rencontres entre clubs prestigieux, au détriment des petits pays. Certains sportifs, à l'image de l'entraîneur français d'Arsenal, Arsène Wenger, sont assez pessimistes quant à l'évolution de leur discipline. « Avec les télés, le football ressemblera-t-il à la variété? Un spectacle qui doit forcément être beau, bien vendu? Il se posera le problème de rendre le football plus attractif, plus vendeur. Plus vendeur, ça veut dire plus de buts. Et là, il n'y a pas trente-six solutions. Les statistiques ont prouvé qu'agrandir les buts permettrait de marquer un but en plus tous les trois matchs et demi. C'est sans effet. Alors, il y a la solution de jouer à dix. C'est envisageable, on n'y viendra peut être[4] »  
    1. La télévision condamne-t-elle certains sports ?
      On a pu remarquer dans la partie sur les intérêts de la télévision que l'audience était essentielle pour la survie d'une chaîne.  Pour cette raison, les sports peu ou pas porteur d'audience sont condamnés a rester dans l'oubli. Dans l'espoir d'être diffusés certaines disciplines vont puiser dans leur portefeuille. « Les sports en recherche de notoriété médiatique sont prêts à investir dans les retransmissions télévisées en vue d'une rentabilisation symbolique et commerciale à plus long terme. Certains se cassent les dents, tandis que d'autres tirent profit de cette stratégie et effectuent un véritable saut dans la « classe des grands », en devenant, à leur tour, « porteurs d'audience » et donc « bénéficiaires » de droits de retransmission. Le cas du basket, si nous l'observons sur les dix ou quinze dernières années, est révélateur de cette stratégie et de ce passage[5] ».  Il est également intéressant d'observer qu'il n'y a pas de corrélation entre la diffusion d'un sport et le nombre de licenciés dans cette discipline. Des sports tels que la natation ou le judo sont peu diffusés sur nos antennes mais leur nombre d'affiliés est assez important. A contrario, les sports moteurs tel que la Formule 1 sont relativement télédiffusés et pourtant le nombre de pratiquants est assez faible.    
    1. Conclusion
      Le sport a lié son avenir à la télévision depuis bien longtemps. Avec la petite lucarne, on est passé du « sport - loisir » au « sport - spectacle ». Les aspects économiques ont pris le pas sur les aspects purement sportifs. Cette relation octroie à chacun des avantages très intéressants. Le sport apporte des téléspectateurs et de la publicité, tandis que les médias permettent la promotion de la discipline, et par la même occasion attirent les sponsors.  La télévision va également largement financer le sport grâce aux droits de retransmission télévisée. Au fil des années, ce butin va augmenter et va être une des sources principales du budget de certains clubs ou fédérations sportives. Cette manne financière va devenir tellement importante dans certains sports qu'elle leur permettra de survivre. Bien que cette union à permis à certaines disciplines, à l'image du football, de se développer, on remarque que des inconvénients viennent entacher ce mariage. La course à l'audience  a amené les médias à modifier des épreuves sportives. Afin d'attirer un maximum de monde devant son écran, ils en sont venus à toucher au règlement, voir au format de quelques sports. L'exemple du tennis de table qui a subi une refonte complète de son règlement est très interpellant mais il n'est pas le seul.  Un autre effet négatif de cette relation se situe au niveau des sports de « faibles écoutes » tel que le pentathlon moderne, l'haltérophilie ou la lutte gréco-romaine par exemple. Il s'agit ici d'un effet pervers de la promotion du sport. Les disciplines ne figurant pas sur nos antennes se voient condamnés à rester dans l'oubli. De plus, ne bénéficiant pas de revenus émanant des droits de retransmission, ces « petits sports » n'ont dés lors que peut de chance de se développer. En conclusion, « si les intérêts du sport et de la télévision convergent pour quelques disciplines sportives (le football et le tennis notamment), ils peuvent aussi être contradictoires, précisément au moment où une discipline aurait le plus besoin d'un soutient médiatique, c'est à dire lorsque ses effectifs et son audience régressent. C'est souvent le moment même où la télévision s'en désintéresse[6] ».
    [1] DEREZE G., op. cit., p.39 [2] DE GHELLINCK D'ELSEGHEM A., op. cit., p. 22 [3] DEREZE G., op. cit., p.36 [4] L'Équipe, 04-01-00. [5] DEREZE G., op. cit., p.33 [6] ANDREFF W. et NYS J.-F., op. cit., p.98
    Partie 1 - Partie 2 - Partie 3 ]]>
    Mon, 26 May 2008 08:58:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19896393.html
    <![CDATA[Création du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (1/2)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898662.html

    Partie 1 - Partie 2 ]]>
    Mon, 26 May 2008 08:02:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898662.html
    <![CDATA[Création du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (2/2)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898719.html

    Partie 1 - Partie 2 ]]>
    Mon, 26 May 2008 08:01:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19898719.html
    <![CDATA[Bye bye Belgium, quand la fiction dépasse la réalité (1/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693035.html
     Treize décembre 2006. Il est 20 h 21. La programmation prévue sur la Une est interrompue par une émission spéciale. La Flandre vient de faire sécession, la Belgique est aux abois, le roi est parti au Congo. Docu-fiction pour les uns, canular pour les autres, l’événement a fait couler beaucoup d’encre et de salive, dans le plat pays comme ailleurs. Pour ne pas sombrer dans les profondeurs d’une analyse socio-psychanalytique qui se voudrait pédante et exhaustive, un seul aspect de l’émission sera traité. Il tient en une seule phrase : « La Belgique est morte ». Cette nouvelle a fait frissonner les Belges.

    Affichée sur un bandeau à l’écran au bout d’une demi-heure de diffusion, l’affirmation « Ceci est une fiction » était destinée à rassurer le téléspectateur tremblant dans son salon. Elle arrivait après plusieurs indices, égrenés subtilement au fil de la diffusion. Avant que le générique ne commence est apparue la phrase « Ceci n’est peut-être pas une fiction », en référence à René Magritte et son fameux « Ceci n’est pas une pipe ». Un autre symbole du surréalisme belge, La Dame au cochon / Pornocrates de Félicien Rops, s’est vu affiché dès le début de l’émission, dans le coin en bas à gauche de l’écran. Au cours de la diffusion, la phrase « Ceci n’est peut-être pas une fiction » est réapparue sous forme de messages en sous-titre. Un numéro de téléphone a été donné au téléspectateur pour lui permettre de réagir à « l’information ». Un message enregistré sur répondeur révélait la fiction à toute personne paniquée au bout du fil.

    Malgré cette multitude d’indices explicites, sans compter les invraisemblances contenues dans les images diffusées, une majorité des téléspectateurs n’ont pas perçu que l’information délivrée était une fiction. Six pour cent d’entre eux y auraient même cru jusqu’au bout. Le Collège d’autorisation et de contrôle (CAC) du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a estimé que l’émission n’a pas été présentée de manière claire comme étant de la fiction et que les mesures nécessaires pour empêcher la confusion n’ont pas été prises. Mais le message contenu dans cette fiction n’était-il pas porteur d’une information ? La technique utilisée était identique à celle d’un flash ordinaire : un présentateur, des envoyés spéciaux sur le terrain en direct, des reportages. Le téléspectateur « vivait » l’action alors qu’elle se déroulait. La fenêtre sur le monde s’ouvrait sur la Belgique en crise par le biais d’un hybride télévisuel. Cet « ovni médiatique », pour reprendre l’expression de Béatrice Delvaux, pourrait peut-être faire des émules. La rédactrice en chef du Soir a déclaré qu’il était devenu « impératif d’explorer des voies nouvelles pour capter l’attention. » La fiction pourrait-elle devenir le nouveau moyen d’informer ? Il importerait de définir la nature de la nouvelle, spécialement transmise par la télévision. L’examen du cas extrême du docu-fiction pourrait offrir un angle nouveau d’approche concernant l’information traitée par ce formidable outil audiovisuel qu’est le petit écran. Un journaliste dit : « Celui qu’on informe est libre, puisque ce qui est absent est mis à sa disposition par la télévision ».
    Un apprenti journaliste lui répond : « Je ne suis pas libre puisqu’au lieu de la chose même, je n’ai droit qu’à son prédicat transmis par l’émission de télévision. »  Dans le cas de l’émission Bye bye Belgium, le téléspectateur est sensé exercer son jugement critique, comme face à n’importe quel média. Il est libre d’éteindre la télévision comme de prendre en compte ce qui lui est transmis, d’autant plus s’il s’agit de faits réels. Quand considère-t-on que l’information a rempli sa fonction ? Quand celui qu’elle informe se voit fournir indirectement, c’est-à-dire sans aucune expérience propre et en se fondant seulement sur une perception qui supplée la sienne, un renseignement sur ce qui est absent. C’est un bonheur de suivre le déroulement d’une manifestation d’étudiants, loin de la cohue et des matraques. Pour garantir la réception d’une nouvelle, entendue comme « ce qu’il y a de neuf », une relation de confiance entre un média et son public est nécessaire. Martine Simonis, de l’Association des journalistes professionnels (AJP) a affirmé que la technique du docu-fiction employée par la RTBF avait remis en question la crédibilité de l’information et l’indispensable confiance à l’égard du travail journalistique. Sans ce sérieux, nécessaire à l’information, le travail du journaliste perdrait toute valeur. La création d’un conseil de déontologie permettrait de contrôler et d’évaluer les risques pour l’information en général créés par ce genre d’émission. Il permettrait, entre autre, de définir un peu mieux ce qu’est « une nouvelle ».

     Lors de l’émission Bye bye Belgium, il était question, comme dans n’importe quel reportage télévisé, de représenter ce qui n’était pas ici, c’est-à-dire ce qui n’était pas dans le salon du téléspectateur. Les reportages montraient ce qui était là-bas, c’est-à-dire dans la rue, devant le Palais Royal, etc., à quelqu’un qui n’était pas là-bas justement. Dans la vie de tous les jours, quand quelqu’un montre du doigt un objet là-bas, il le rend présent à son ami ici dans le but que celui-ci en face une expérience directe. Mais cette possibilité d’une saisie effective ne semble pas offerte à celui qu’on informe : la nouvelle, qu’elle soit vraie ou fausse, ne l’amène pas à l’objet et l’objet non plus n’est pas amené. C’est tout bêtement le principe du média en tant qu’intermédiaire : le journaliste a pour rôle de filtrer l’infinité d’informations possibles. La base de son travail est de définir une hiérarchie, avec idéalement une indépendance totale de jugement, politique comme économique.

     La télévision offre tout de même une possibilité de saisie de l’objet. Les téléspectateurs ont vu François De Brigode leur parler, comme d’habitude. Il leur a été rendu présent sans pour autant que celui-ci soit assis dans leur salon. Quelque chose a bien été rendu présent lors des reportages de Bye bye Belgium puisqu’il s’agissait d’une émission de télévision conçue sur le modèle d’un journal télévisé classique. Cette chose transmise n’est pas l’événement lui-même, c’est-à-dire la totalité des manifestations ou le voyage du roi du Palais Royal au Congo, mais quelque chose qui concerne l’événement en train de se dérouler. Comment nomme-t-on ce qui est transmis par le média, ce qui est « fait » à partir de l’événement ? Un fait justement ! A la différence de l’événement initial, le fait est bien plus avantageux : il est mobile et transmissible. La nouvelle qui médiatise le fait met son destinataire en demeure de se comporter comme si l’objet était présent, c’est-à-dire d’en tenir compte et de l’inclure dans ses dispositions pratiques au quotidien. La météo m’informe si je vais devoir prendre mon parapluie. La raison d’être de la nouvelle consiste précisément à donner à son destinataire la possibilité de s’orienter par rapport à l’objet absent, à savoir le temps prochain pour la météo. En d’autres termes, le docu-fiction a transmis la nouvelle que la Belgique était morte. Sa raison d’être était de donner l’occasion au téléspectateur de s’orienter par rapport à cette nouvelle, comme lors d’un journal télévisé normal. Philippe Dutilleul, concepteur de l’émission, a indiqué que son objectif était avant tout de provoquer le débat et secouer les gens. Le destinataire de la nouvelle a reçu quelque chose de l’événement, ici purement inventé : « La mort de la Belgique ». Ce quelque chose a été détaché de l’événement, travaillé et préparé pour lui : c’est le travail du journaliste de télévision qui a soigneusement sélectionné des invités et des événements pour informer le téléspectateur.

     La tâche du journaliste est d’extraire l’information à partir de sa perception d’un événement ou d’un sujet : il sélectionne un « prédicat ». Ce terme logique signifie « ce qui est détaché » d’un sujet. Le prédicat est, pour le téléspectateur, ce qu’il reçoit. C’est un produit fini, élaboré par les journalistes de télévision, avec les techniques de fabrications enseignées à l’Institut de Journalisme comme a priori dans n’importe quelle école de journalisme. Ce produit fini que remet la nouvelle à son destinataire, c’est le « fait » séparé de l’objet auquel il se rapporte. C’est tout simplement « la Belgique est morte » dans le cas de Bye bye Belgium. L’art de trancher entre le « fait » et l’objet est réservé au journaliste. La nouvelle peut être divisée en deux parties : S (le sujet : « la Belgique ») et p (le prédicat : « morte »). Au lieu de prendre connaissance du sujet « la Belgique » et de son état réel, en allant lui-même sur le terrain, le téléspectateur prend connaissance d’un fait composé de deux parties, fictif pour notre exemple : « la Belgique est morte ». En recevant la nouvelle, le téléspectateur reçoit ce qui est important dans l’objet (ce qui s’en « détache ») comme un fragment déjà détaché, isolé, préparé et transformé en prédicat, comme un produit fini du discours, sans être obligé de s’encombrer de ce qui a moins d’importance. Il est soulagé et libéré d’un travail qu’il n’a plus à accomplir lui-même : pas besoin d’aller au Palais Royal pour se renseigner soi-même à propos de la Belgique, les journalistes l’ont fait à sa place et sont payés pour effectuer cette tâche.

     D’un autre côté, la nouvelle peut être vue non plus comme une libération mais comme une privation de liberté pour la même raison qu’elle est un instrument de liberté : elle n’offre pas ce qui est absent mais quelque chose sur ce qui est absent. La nouvelle n’offre qu’une partie de l’objet absent. Elle renonce au sujet et ne conserve que le prédicat, résultat d’un travail. Pour notre exemple, le journaliste a extrait de ce qu’il expérimente de la mort fictive de la Belgique que celle-ci est morte. Il oriente le téléspectateur sur son choix avant que celui-ci ait pu se faire une opinion. Pour celui qui reçoit la nouvelle, le prédicat n’est pas englobé dans le sujet. C’est le sujet qui s’épuise dans son prédicat, l’objet lui-même est occulté par le contenu de la nouvelle : la Belgique passe en arrière plan du fait qu’elle est morte, unique information livrée à domicile. Le téléspectateur est forcé d’adopter la perspective déterminée du prédicat. Il n’a pas a exercé son jugement puisque le journaliste l’a fait à sa place. La Belgique n’est pas « peut-être » morte. Elle est morte. Mon ami François que j’écoute depuis des années chaque soir me l’a dit. D’où l’importance à la fois d’un sens professionnel aigu des journalistes comme de la confiance du public …

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    Mon, 19 May 2008 11:40:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693035.html
    <![CDATA[Bye bye Belgium, quand la fiction dépasse la réalité (2/3)]]> http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693081.html L’apprenti journaliste reste silencieux, réfléchit un instant et répond : « Et si c’est une fiction ? »  Habituellement, la différence entre une expérience immédiate et une expérience médiatisée est évidente. Un lecteur assidu de presse écrite sait qu’il vit dans l’horizon d’une expérience médiatisée lorsqu’il lit son journal. Il fait immédiatement l’expérience de quelque chose de médiatisé. L’information lui est fournie indirectement. Un article du Vif/L’Express sur la fin de la Belgique n’est pas l’état de la Belgique elle-même, il est le fruit d’une semaine de travail journalistique : compilation de données factuelles précises, sources directes, recoupées, variées et nuancées. L’ambiguïté de l’émission de télévision, cristallisée par Bye bye Belgium, réside dans le fait que par principe, le téléspectateur, destinataire des émissions, est placé dans une situation où la différence entre vivre un événement et en être informé, entre l’immédiateté et la médiation, est effacée. Ceci explique la nécessité d’afficher la mention  « en direct » lorsque c’est le cas . Même s’il sait que c’est en direct, le téléspectateur ne sait pas clairement s’il se tient devant un objet (l’état fictionnel de la Belgique, retranscrite par les manifestations, les politiques présents, Axelle Red qui a peur pour son enfant, etc.) ou devant un fait (« la Belgique est morte »).

     La caractéristique d’un fait, à la différence d’un objet, est sa mobilité. Le journaliste ne peut pas transporter une maison qui brûle, mais il peut apporter au téléspectateur la nouvelle qu’elle brûle et la lui communiquer. Cela paraît encore plus évident avec l’exemple de la mort fictive de la Belgique : il ne peut pas apporter tous les témoins, les politiques ou même le roi dans le salon du téléspectateur. Il apporte uniquement un jugement né d’un constat : les témoins, les politiques ont, entre autres, dit ceci ou cela d’important. Le journaliste ne produit pas les faits en fonction de sa propre opinion, il ne veut pas changer le monde, il joue simplement le rôle de transmetteur. Or, dans l’émission Bye bye Belgium, c’est le fait « la Belgique morte » lui-même qui est apporté au téléspectateur : il ne voit pas le jugement, la décision à la base de la réalisation de l’émission et des reportages. Il ne voit pas le fait que ce soit le produit d’un travail technique, il voit la Belgique morte et on lui montre que c’est « vrai ». La phrase « la Belgique est morte » est devenue, dans la tête du téléspectateur « c’est la mort de la Belgique ». De la même manière avec François De Brigode, le téléspectateur ne voit pas le fait qu’il parle, il voit que c’est le présentateur du journal. Sans être dans son salon, il l’est quand même et le devient par l’émission de télévision. En témoigne l’essor incroyable des émissions « people ». Elles donnent l’impression de faire connaître les stars, elles les amènent chez les téléspectateurs qui finissent par les appeler par leurs prénoms, alors que ce ne sont que des fantômes.

    La mobilité, propriété du fait, semble pouvoir s’étendre aux objets eux-mêmes. Ce que le téléspectateur voit dans Bye bye Belgium, ce n’est pas juste le fait d’exposer un événement, même mis sous forme de question, qui ferait appel à son jugement. Il est mis en présence  directe avec un fait qui fait appel à sa sensibilité. Lorsque Jean-Paul Philippot, administrateur général de la chaîne, a présenté ses excuses aux personnes choquées, il a déclaré : « Nous n’avions pas l’intention de créer une telle émotion mais plutôt d’aborder une vraie question, qui préoccupe les citoyens dans leur attachement à la Belgique ». Or, si l’angle choisi dès le départ était celui de cibler un « attachement », comment parvenir à attirer l’attention du téléspectateur autrement qu’en visant sa sensibilité et son affect ? N’est-il plus possible de parler de politique dans les médias sans que l’intellect du téléspectateur ne soit à aucun moment visé ? Il paraît que dans la presse écrite, ce serait encore possible, mais plus pour longtemps.

     La fin de la Belgique est un sujet émouvant pour les Belges. L’émotion est plus facile à faire passer en quelques secondes de reportage que le résumé de la note de Guy Verhofstadt. La politique paraît être le terrain où l’émotion se fait rare. L’exemple du passage d’un homme politique à la télévision pourrait peut-être montrer que l’émission laisse tout de même un espace critique au téléspectateur, en dehors de toute sensibilité. Didier Reynders aurait souhaité que de fortes sanctions soient prises à l’encontre de la RTBF. Selon le président du Mouvement Réformateur, en l’absence d’action du gouvernement de la communauté française à l’encontre de la chaîne publique, persisterait l’idée qu’on puisse désormais tout se permettre et que le discours politique serait vidé de son sens. Lorsque Didier Reynders passe à la télévision, il cherche à se montrer sous son meilleur jour, comme une personnalité agréable et il trouve ça tout à fait normal. L’exemple marcherait aussi bien avec Filip Dewinter ou Elio Di Rupo qui veulent tous séduire les électeurs. Il faut qu’ils aient une bonne opinion d’eux avant de juger ensuite de leurs propositions politiques. Pour éviter toute présomption de parti pris, l’homme politique moyen sera dénommé monsieur S.

    Lorsque monsieur S. est invité à une émission, il cherche à faire passer au premier plan ces plus beaux atouts afin de faire oublier qu’il peut avoir des défauts. Ce qui apparaît à l’écran, même si cela semble apparemment représenter monsieur S. dans son entier, n’est que ce qu’il prétend être, c’est-à-dire une personne plaisante. Monsieur S. est exclusivement plaisant : le prédicat prend la place du sujet. Concrètement, lorsqu’un politique passe à la télévision, si le journaliste ne parvient pas à le déstabiliser, alors le téléspectateur n’y verra que du feu. Si le journaliste n’a pas une solide préparation en amont de la réalisation de son interview, s’il n’a pas assez de temps, alors il n’est pas en mesure d’engager un dialogue avec le politique, en train de lui parler selon les consignes de ses chargés de communication. La solution est bien sûr de seulement chercher à faire « de l’effet ». Le but est de séduire les « Madame Bovary » qui regardent la télévision, en quête de rêve. Audience garantie.

    Il est peut-être des moments où le téléspectateur a raison de ne plus voir que le prédicat. Il n’est pas rare que le quiproquo entretenu entre sujet et prédicat devienne réalité. Il n’est pas rare que monsieur S. finisse par se transformer en son propre prédicat, qu’il se réduise à ce prédicat qu’il a lui-même voulu mettre en avant. Il est même possible qu’il ne puisse plus être autre chose que ce prédicat et que condamné à être ce prédicat, il court ça et là en affichant un sourire professionnel même dans sa vie privée. Cela finit par atteindre le journaliste lui-même. En témoigne les personnes qui veulent devenir journaliste pour passer à la télévision, à la différence d’autres qui passent à la télévision parce qu’ils sont journalistes. Les mensonges peuvent parfois devenir vrais, surtout si le but est de trouver du travail facilement.

    La présentation du politique accomplit la même chose que la nouvelle concernant la mort de la Belgique. L’émission a bien provoqué le débat et mis au jour des tensions politiques accumulées sur plusieurs décennies. La différence est que le politique, lui, est réel. Lorsque monsieur S. n’est plus qu’une personne plaisante, un joyeux drille qui aime boire quelques verres par exemple, il a réussi ce qu’il voulait faire : faire oublier qu’il n’est pas que plaisant. La nouvelle qui présente le politique fait croire au téléspectateur qu’il le connaît. « Monsieur S. ? Ah oui ! Je l’ai vu à A vous de juger, chez Chabot. Il a bien parlé, c’est un type plaisant. » Ce n’est pas pour rien qu’une cohorte ministérielle s’est forcée à jouer la troisième mi-temps avec les supporters du Standard devant les caméras.

    Dans le cadre de Bye bye Belgium, la fiction devient la réalité. Le jugement à la source de l’émission, qui peut tout à fait être défendable, s’est vu transformé en images. Or, cette transformation technique a fait que le jugement a renoncé à sa forme initiale : il n’est plus qu’une série de faits, assimilés comme étant les objets eux-mêmes. Ils se présentent naturellement comme « objectifs », principe qui fait croire au consommateur de produits finis, d’images, qu’on ne veut rien lui faire croire. Habituellement, la nouvelle succède au fait qu’elle annonce et s’oriente sur lui. Pour Bye bye Belgium, comme pour l’homme politique plaisant c’est l’inverse. Le fait s’oriente sur la nouvelle. Le primat est accordé à la proposition, fictive, que l’équipe de journalistes veut faire passer : « la Belgique est morte ». C’est seulement après que viennent les images qui confirment la proposition, qui devient pour le téléspectateur : « c’est la mort de la Belgique ». Dans le cas de monsieur S., il veut faire passer le message « monsieur S. est plaisant ». L’image reçue par le téléspectateur lui fait dire « c’est un monsieur S. plaisant ». D’où l’idée que les médias peuvent faire ou défaire un homme politique.

    Partie 1 - Partie 3 ]]>
    Mon, 19 May 2008 11:39:00 +0200 http://www.lafeuilleduweb.info/article-19693081.html